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vendredi 6 février 2004 : "l'abbé Pierre au secours du Val d'Aran"

23 familles démunies (retraités, Rmistes ...) bénéficient de la générosité de la Fondation Abbé Pierre qui a signé une convention avec les responsables du camping. La fondation prend à sa charge une partie de la fourniture de fioule, de façon à assurer l'approvisionnement jusqu'au printemps.

"Je n'en pouvais plus. J'étais même dépressive. Je ne savais pas comment j'allais m'en sortir. Depuis la signature de la convention, c'est une bouffée d'air pour moi et mes deux enfants, Nicolas 7 ans et Yoan 12 ans" déclare Mme C.V.

Source : Var Matin, 7 février 2004

Lectures :

Après avoir évacué l'église de Sanary,
les résidents du Val d'Aran poursuivent leur action.

 

Ils réclament le rétablissement du branchement EDF au Domaine du Val d'Aran.

mobil-homePrès de 250 personnes vivent de façon permanente dans des mobil-homes installés sur le Domaine du Val d'Aran. C'est leur lieu de résidence ; ils votent à Sanary, paient leurs impôts ... Le domaine a été (administrativement) fermé en 1997 pour "raisons de sécurité". Bien qu'un rapport de contrôle du bureau "Véritas" atteste que ces problèmes de sécurité avaient été résolus dès juin 1998, le branchement EDF a été coupé en mars 1999 ; il n'a pas été rétabli depuis.

Si nos informations sont exactes, il y aurait en fait un problème de POS (Plan d'occupation des sols) : initialement (en 1966) le domaine avait le statut de camping. Le POS de Sanary a été établi en 1975, sans tenir compte de l'existence de ce "camping". Le tribunal administratif de Nice a été saisi à ce sujet de plusieurs recours dont les résidents attendent les résultats.

Depuis 1999, l'électricité était fournie par un groupe électrogène (à la charge des résidents), mais celui-ci est récemment tombé en panne. C'est à la suite de ce dernier incident que des habitants du domaine ont décidé le samedi 27 décembre 2003 d'occuper, sans violence, l'église de Sanary.

A la demande de la mairie de Sanary et de l'évêché, le tribunal de grande instance de Toulon a ordonné par référé, le 2 janvier 2004, que les occupants quittent l'église, au plus tard le samedi 10 janvier à 12h15, afin de "rétablir l'ordre public". Les occupants ont obtempéré sans violence, après avoir fait le ménage et remis les les lieux en ordre. Ils préparent d'autres actions pour les jours à venir. Leur lutte continue !

Un comité de soutien s'est constitué autour de la section LDH de Toulon, avec le DAL Marseille, l'A.C.O., l'Entraide protestante, Emmaüs, CLCV, Le Nid, AVISO. Nous soutenons "la lutte des résidents du Val d'Aran pour que leurs installations électriques soient à nouveau alimentées par EDF et ce dans les meilleurs délais".

Pour en savoir davantage, vous pourrez lire successivement ci-dessous le communiqué de presse du 22 janvier de la LDH de Toulon, l'article de Var-Matin du 7 janvier, puis le communiqué de presse du 2 janvier de la LDH, et enfin l'article Chaud et froid au coeur de l'hiver à Sanary publié dans le Progrès de Lyon, le 2 janvier 2004


Communiqué de presse du 22 janvier 2004 de la section de Toulon de la LDH

A Sanary, selon que vous serez puissant ou misérable ...

A la fin des années soixante, le Domaine du Val d'Aran à Sanary (Var) était un camping. Au fil des ans, les mobil-homes ont remplacé les tentes. Maintenant c'est un véritable petit village où résident de façon permanente près de 250 personnes aux revenus modestes, des travailleurs, des retraités, des enfants scolarisés à Sanary ...

Tout se passait normalement jusqu'à l'élection à la mairie de Sanary, en 1989, de Ferdinand Bernhard déterminé à faire de sa ville une zone de " tourisme de qualité ". Depuis lors, les procédures administratives et judiciaires se sont succédées pour pousser les résidents du Val d'Aran à quitter le site.

Suite à une décision de justice, la mairie a délivré en 1999 un commandement de quitter les lieux et a obtenu que le Préfet ordonne en mars 1999 de couper les compteurs d'alimentation. L'eau a été rétablie car il est de la responsabilité du maire de veiller aux risques d'incendie. Le branchement EDF a été coupé et n'a pas été rétabli depuis, bien que le tribunal administratif de Nice ne se soit pas encore prononcé sur plusieurs recours dont il a été saisi.

Depuis près de cinq ans, l'électricité était fournie par un groupe électrogène (à la charge des résidents). Fin décembre 2003, à la suite d'une panne de celui-ci, des résidents ont occupé pacifiquement l'église de Sanary pendant une quinzaine de jours, pour attirer l'attention de l'opinion publique sur leur situation. Nouvelle panne du groupe le 21 janvier ... Les résidents sont inquiets, fatigués ...

Au zoo voisin, un chauffage a été installé dans certaines cages. Ne peut-on faire pour des personnes ce que l'on a fait pour des animaux exotiques ? Nous nous adressons, pour des raisons humanitaires, à la préfecture du Var et à la mairie de Sanary, et leur demandons de faire rétablir le branchement EDF du domaine.

Comment comprendre que l'on veuille chasser ces familles d'un lieu de vie convivial, alors que le département du Var souffre d'un manque important de logements, et en particulier de logements sociaux ?


Var-Matin, 7 janvier 2004, sous la plume de Michel Pasquini

" On avance à petits pas " a lancé hier, un peu plus confiant, Gilbert de Caro, l'un des porte-parole des résidents constestataires du camping sanaryen du Val d'Aran. " Ça bouge " a-t-il encore commenté, avec un certain optimisme.

Dire que les résidents du camping du Val d'Aran ont retrouvé le sourire serait, incontestablement, un péché d'optimisme.

Mais force est de constater que, depuis hier, lors d'une importante réunion à Toulon (au Foyer de la jeunesse), placée sous la responsabilité de la Ligue des droits de l'homme, les chefs de file du camping du Val d'Aran ne se sentent moins esseulés. " Cela nous fait chaud au coeur d'être soutenus de la sorte, même si nous savons que rien n'est encore fait ", explique encore Gilbert de Caro.

Les associations humanitaires se mobilisent Ainsi, un comité de soutien s'est constitué autour de la section locale de la Ligue des droits de l'homme (LDH), avec, en particulier, le Droit au logement (DAL) de Marseille, l'entraide protestante de Sanary et La Seyne, Emmaüs, le NID, le CLCV (Confédération de la Consommation du Logement et du Cadre de Vie ) ...

" On ne veut pas entrer dans le fond du problème " précise François Nadiras, président de la LDH. " Notre seul souci est de réussir à faire rétablir - dans les meilleurs délais - les installations électriques. Nous défendons avant tout les résidents de ce camping ". Et de poursuivre en lançant un SOS au nom de toutes ces associations humanitaires " Il faut que les pouvoirs publics qui détiennent l'autorité dans ce domaine trouvent une solution humaine ... On a tiré le signal d'alarme en contactant le cabinet de Madame Dominique Versini, Secrétaire d'Etat chargée de la lutte contre la précarité et l'exclusion. "

Le message est donc clair, à défaut d'être compris par tous.

Fort de ce soutien, l'ensemble des résidents du camping va donc poursuivre son combat qui passe, aujourd'hui encore, par l'occupation de l'église.

" Si on nous chasse d'ici, nous irons ailleurs tant que le camping ne sera pas alimenté normalement en électricité ", ajoute Gilbert de Caro qui, depuis hier et par l'intermédiaire de l'avocat de ces familles, maître Jean-Guy Lévy, a déposé un référé afin que le courant soit rétabli. Ce référé sera étudié par le tribunal demain jeudi 8 janvier à partir de 14 heures... Un référé d'heure en heure..., histoire de dire que le temps presse...

Les associations ont lancé une souscription pour aider les résidents à payer l'amende infligée le 2 janvier pour l'occupation de l'église.

Communiqué de presse du 2 janvier 2004 de la section de Toulon de la LDH

Rétablir le courant !

Plusieurs dizaines de personnes occupent depuis quelques jours l'église de Sanary. Ce ne sont pas des délinquants mais des résidents en mobil-homes du " camping " du Val d'Aran. A la suite d'un conflit avec la municipalité de Sanary, leur branchement EDF a été coupé en 1999.

Samedi 27 décembre 2003, des habitants du Val d'Aran se sont résolus à occuper l'église pour attirer l'attention sur leur situation : 98 familles y vivent de façon permanente, des travailleurs, des retraités, des chômeurs, des personnes âgées, plusieurs dizaines d'enfants scolarisés à Sanary ...

Une délégation de la section de Toulon de la Ligue des droits de l'Homme s'est rendue à Sanary, le jeudi 1er janvier 2004, afin d'y rencontrer les personnes qui occupent l'église - il y faisait très froid !

Aujourd'hui, à la suite d'une procédure en référé engagée par le maire de Sanary et l'évêché de Toulon-Fréjus, le tribunal de grande instance de Toulon a ordonné l'expulsion des occupants dans un délai de cinq jours "au besoin avec le concours de la Force Publique".

Nous ne pouvons nous prononcer sur le fond du problème, mais nous intervenons pour des raisons humanitaires : nous demandons aux différents responsables de trouver une solution humaine à une situation qui n'a que trop duré. Nous sommes persuadés que le rétablissement immédiat de l'électricité au " camping ", et son maintien jusqu'au printemps, permettrait l'évacuation rapide de l'église, en attendant un règlement global de la situation. Bien entendu, les résidents du Val d'Aran paieront leur consommation électrique comme ils le faisaient auparavant.

Il faut agir vite. Il y a urgence !


Chaud et froid au coeur de l'hiver à Sanary

par Jeanine Paloulian

[ publié sur Le Progrès, le 2 janvier 2004 ]

Les habitants d'un camping sont en conflit avec le maire de cette commune du Var, qui veut transformer le site en une zone de tourisme de luxe. Et leur a coupé l'électricité. En riposte, les protestataires occupent une église.

Ils ont passé le réveillon de la Saint-Sylvestre entre les bancs de la nef centrale, avec au menu un couscous apporté par des amis restaurateurs et des gâteaux offerts par le pâtissier voisin. Un peu de baume au coeur de la trentaine de protestataires qui occupent depuis une semaine l'église Saint-Nazaire, à Sanary, dans le Var. Entrés dans l'édifice religieux à la faveur d'un concert de jazz, ils y sont restés. Au chaud. Dans les mobile homes où ils vivent habituellement sans électricité, (elle a été coupée sur ordre de la mairie), le groupe électrogène a rendu l'âme au lendemain de Noël. Alors ils ont investi l'église. Pour y trouver un abri et, surtout, attirer l'attention sur leur situation.

Le domaine du Val d'Aran où vivent, à l'année, 190 familles se trouve au coeur d'un conflit juridique délicat (lire ci-dessous) qui oppose ses habitants à la municipalité dirigée par Ferdinand Bernhard, un divers droite, dont même les proches soulignent l'intransigeance. Mais en plein coeur de l'hiver, c'est le manque d'électricité et de chauffage qui a mis le feu aux poudres.

« Nous ne sommes ni des réfugiés, ni des sans-papiers, ni des clandestins », explique Andréa Alliot l'une des porte-parole du groupe. « Sur nos cartes d'électeurs, l'adresse indique domaine du Val d'Aran. Or c'est précisément là que la mairie a fait couper l'électricité ». Elle interroge : « Pourquoi sommes-nous traités comme des citoyens de seconde zone ? Nous avons lu, il y a quelques jours dans le journal local, que dans le zoo voisin de notre camping on avait installé un chauffage dans les cages de certains animaux exotiques. Nous sommes traités moins bien que les bêtes ». A ses côtés Jean Marc Engels, un ancien habitant de Décines, dans le Rhône, explique « Ça faisait trente ans que nous venions en vacances dans ce camping. En 1978, nous avons acheté une part et la possibilité d'y installer un mobile home où nous vivons désormais à l'année avec nos deux enfants. C'est notre choix de vie, nous nous sommes même endettés pour cela. Au nom de quoi nous refuse-t-on l'électricité alors que nous payons nos factures. Discrètement, au fond de l'église, Fernande Roubaud, 91 ans dans quelques jours, essuie discrètement quelques larmes en s'appuyant sur sa fille Ginette : « Je suis orpheline de guerre. J'avais quelques mois lorsque mon père a été tué dès le début de la Grande guerre. Je ne l'ai jamais connu. Je suis venue au Val d'Aran pour être avec ma fille, car à Marseille je me sentais isolée et j'avais peur. Aujourd'hui il ne me reste plus qu'à mourir. De froid ou de détresse. Une telle méchanceté ! »

Chassés de chez eux par le froid, ils avaient cru trouver refuge dans l'église. Mais au deuxième jour de leur « occupation », « une religieuse est entrée par-derrière et a coupé le chauffage avant de repartir en courant. Mercredi et jeudi nous avons aussi eu des coupures régulières d'électricité, dans l'église », explique Andréa Alliot. Pourtant lors du briefing quotidien, Gilbert Decaro, l'un des animateurs du groupe, insiste sur le comportement respectueux du lieu. Mardi, des funérailles ont pu être célébrées en toute dignité et nul n'a empêché une demi-douzaine de paroissiens de venir réciter le chapelet. Chaque matin, les matelas sont rangés au fond du bâtiment, le sol balayé et les bancs remis en place. L'évêque, en vacances dans sa famille à Saint-Etienne, n'a pas jugé bon de se déplacer. Il a dépêché un vicaire général qui s'est depuis mis aux abonnés absents. La fondation Emmaüs de l'abbé Pierre a fait savoir qu'elle offrait un mois de fuel.

C'est ce matin qu'aura lieu le procès en référé concernant l'occupation de l'église. « Si on nous chasse d'ici nous irons ailleurs » affirment les habitants du Val d'Aran. « Nous ne demandons pas l'aumône, simplement le droit à l'électricité. Comme tout le monde ».

Le droit et la morale

Le conflit juridique qui oppose les habitants du camping - quelque 190 résidents permanents et 270 occupants occasionnels (pendant les vacances ou parfois le week-end pour les plus proches) -, à la municipalité de Sanary, n'est pas nouveau. Les procédures durent depuis de longues années. Depuis que le Plan d'occupation des sols a oublié de faire figurer sur ses documents le camping du Val d'Aran qui existait déjà.

Les usagers de ce lieu qui en sont devenus les actionnaires copropriétaires, se trouvent confrontés aux projets de la mairie qui rêve de faire du site une zone de tourisme de luxe. Projet qui figurait clairement dans le programme électoral du maire.

Une ambition qui n'est pas contestable en soi, mais qui se heurte de front à la résistance de 460 familles modestes. Ces dernières, qui invoquant une antériorité sur les lieux, n'ont pas l'intention de renoncer à la convivialité et à la qualité des relations qu'elles sont parvenues à installer et à préserver collectivement.

En effet, le domaine du Val d'Aran vit comme un véritable petit village des années cinquante. Une famille élargie où parmi les pins, les oliviers et les pamplemoussiers, chacun connaît son voisin et vit la solidarité au quotidien.

Au regard du droit, la municipalité de Sanary et son maire ne sont pas forcément en tort. Mais au regard de la morale humaine, du respect des personnes et de la vie harmonieuse en société, qui sont aussi de la responsabilité d'une équipe municipale, c'est un désastre.

Jeanine Paloulian


ils sont pas au courant qu'ils ont pas tous les droits ?

illustration de Dominique Hasselmann - LDH Paris 10-11