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Après les élections régionales 2004

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PACA s'affranchit de la pression de l'extrême droite

par Michel Samson

daté du 7 avril 2004

Disposant d'une majorité absolue dans la nouvelle assemblée, le président sortant (PS) réélu Michel Vauzelle, sera en mesure d'appliquer son programme.

"Décevoir les attentes du peuple serait préjudiciable à la démocratie elle-même." A peine réélu président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur, Michel Vauzelle (PS) a prononcé cette phrase qui sonne comme un avertissement aux siens. Elle a d'autant plus de poids que la Gauche unie et les écologistes, nom de la liste qu'il a emmenée à la victoire, va gouverner seule, alors que durant le mandat précédent, elle ne disposait que d'une majorité relative. Le président sortant était alors contraint de dépenser beaucoup de temps en négociations afin d'éviter des alliances entre la droite et l'extrême droite. Entre 1998 et 2004, notamment quand la région désirait prendre des mesures d'ordre social, il n'a pas toujours pu les empêcher.

Pour bien marquer qu'une nouvelle ère s'ouvre, la première séance plénière devrait donc adopter un plan baptisé "Région solidarité" dans lequel figurent des mesures d'aide aux chômeurs ou aux victimes de licenciements, tels que ceux de l'usine Lustucru-riz d'Arles dont la direction vient de décider la fermeture. Ces mesures sociales iront de pair avec des prises de position plus générales déjà annoncées, telle que la déclaration consacrant la région comme une "zone hors accord général sur le commerce et les services" ou "hors OGM". Mais Michel Vauzelle est conscient du caractère éminemment symbolique de ces prises de position et il appliquera la loi, même si elle ne lui convient pas. Il devrait ainsi s'occuper des TOS (les personnels non enseignants de l'éducation nationale) si, conformément à la loi de décentralisation - dont il a demandé le report du vote dès le 22 mars -, ils sont rattachés à sa collectivité.

RENOUVELLEMENT

L'opposition, bien que très affaiblie en sièges et en influence par le dernier scrutin, veillera scrupuleusement à ce légalisme. Bernard Deflesselles, ex-président du groupe UMP, l'annonce : "La région ne doit pas s'ériger en contre-pouvoir, car en République on n'oppose pas l'Etat aux collectivités."Patrick Mennucci, vice-président (PS) du conseil régional, qui a dirigé la campagne de M. Vauzelle, partage finalement ce point de vue : "De toute façon, en France, la région ne pourrait être qu'un faible contre-pouvoir. Elle peut servir de point d'appui au mouvement social, qui compte beaucoup sur nous et nous surveillera de près. Mais elle doit avant tout bien remplir ses missions - et elle peut le faire en affirmant son identité de gauche."

A l'unisson de son président, M. Mennucci évoque trois séries de mesures touchant à la vie quotidienne des Provençaux rapidement réalisables. Les premières concernent la jeunesse, qui devrait être une préoccupation d'autant plus forte que les analystes électoraux du PS ont constaté que les jeunes, en particulier dans les quartiers pauvres, s'étaient fortement mobilisés pour assurer l'avance de la gauche.

La liste victorieuse a d'ailleurs marqué une nette volonté de renouvellement et de rajeunissement, puisqu'elle a amené 46 nouveaux élus sur les 73 qui composent la majorité. Parmi les impétrants, quatre sont des enfants de l'immigration récente, dont une, Samia Ghali, va devenir directement vice-présidente de l'institution régionale. D'ici à la fin de l'année 2004, la carte région-jeunes, inscrite dans le programme socialiste, devrait également voir le jour : elle offrira des réductions conséquentes sur les transports régionaux, les loisirs, la culture et les activités sportives. La possibilité d'obtenir des garanties locatives pour le logement étudiant sera aussi généralisée.

Autre compétence régionale, dont le développement sera amplifié : les transports, et en particulier les transports collectifs. Le nombre de trains express régionaux (TER) devrait passer de 460 par jour à l'heure actuelle à 800 à l'horizon 2010, en fin de mandature, en augmentant la quantité de navettes sur les voies existantes, et en mettant en service de nouvelles voies entre Aix, Aubagne et Marseille, ou entre Cannes et Nice. La remise en marche des lignes secondaires dans l'arrière-pays devrait aboutir au même résultat.

CLIMAT SEREIN

Enfin, la construction de seize lycées, annoncée pendant la campagne, devrait être réalisée d'ici à 2008 : les études sont avancées, ainsi que leur répartition dans l'espace. Sur ces questions aussi, disposer d'une majorité absolue permet d'éviter les tractations qui contribuent à retarder les projets.

Mais Bernard Deflesselles, dont l'expérience devrait être utile au président du groupe UMP, Renaud Muselier, avertit : "Le président a dit qu'il respecterait l'opposition et nous en prenons acte. Mais il faut surtout respecter les citoyens ; aucun d'entre eux ne doit être pénalisé parce que son maire ou son conseiller général n'est pas du même bord que la majorité. Nous y veillerons de près", prévient-il.

Une chose est sûre : l'assemblée nouvellement élue s'installe dans un climat rasséréné, qui contraste avec l'ambiance délétère qui présidait à son installation en 1998. A cette époque, le Front national, emmené par un Jean-Marie Le Pen plus vindicatif que jamais, menaçait, et une partie de la droite classique était tentée par l'alliance avec l'extrême droite. Au point que la séance d'investiture, ouverte un vendredi, s'était conclue... le lundi après un week-end de manœuvres et de tractations.

Dans les couloirs de l'hôtel de région, vendredi 2 avril, tous ceux qui avaient vécu ce "vendredi noir" l'évoquaient avec horreur. L'opposition UMP-UDF, pourtant réduite à 31 membres, semblait soulagée de la clarification née du nouveau mode de scrutin et du très net résultat du 28 mars.


Entretien avec Michel Vauzelle, président (PS) du conseil régional

Quelles sont vos urgences à la tête de la région ?

La première urgence est sociale. Dès la prochaine assemblée plénière, je proposerai des mesures pour que la solidarité régionale se manifeste pleinement à l'égard de ceux et de celles qui sont dans la souffrance morale et économique. Je pense aux salariés de Lustucru-riz à Arles, sinistrés par l'inondation de leur logement, lors de la crue du Rhône, et par la fermeture de leur entreprise. Nous élaborerons en même temps un plan "Région Solidarité" pour répondre, dans la mesure de nos moyens, aux situations d'injustice créées par la politique du gouvernement Raffarin.

Sur l'ensemble de la mandature, pouvez-vous vous engager sur des changements concrets, et lesquels, dans la vie quotidienne des habitants de votre région ?

Nos concitoyens ont pu mieux comprendre, à l'occasion de ces élections, combien la région intervient dans leur vie quotidienne. La décision, prise au cours de mon dernier mandat, de payer les livres et les équipements professionnels des lycéens et des apprentis a beaucoup touché les familles. Elle est adoptée aujourd'hui par le Parti socialiste.

Notre priorité restera l'emploi. Nous continuerons à aider la création et le développement des entreprises sous condition de créations d'emplois, de critères de formation et de respect de l'environnement. Nous continuerons à augmenter le nombre des trains express régionaux (TER), à rénover les gares, à remplacer les anciennes voitures par des rames modernes, confortables et accessibles aux personnes handicapées. Nous maintiendrons des tarifs réduits pour les jeunes, les personnes âgées, les chômeurs et les RMistes.

Nous allons lutter sur tous les fronts, y compris pour un changement de la loi contre la spéculation immobilière. Le coût du foncier est insupportable pour les familles modestes, les étudiants, les jeunes, les saisonniers. Il décourage les projets d'installation des industriels et chasse les agriculteurs de leur terre. Nous apporterons aussi une aide directe au logement social.

Comment avez-vous l'intention d'utiliser les nouvelles compétences que s'apprête à transférer le gouvernement aux régions ?

J'ai demandé que le premier ministre suspende la discussion des lois de décentralisation. Je refuse toute atteinte portée au service public, comme le démantèlement de l'éducation nationale, de la santé publique, d'EDF ou de La Poste.

Comment parler de décentralisation lorsque l'Etat ne respecte même pas sa parole en annulant ses engagements pris dans le cadre du contrat de plan Etat-région ? Il faut renvoyer le vote du projet de loi sur la décentralisation tant qu'une concertation, qui n'a jamais eu lieu avec les présidents de région, n'aura pas été conduite.

Propos recueillis par Michel Samson


 

Après l'élection de son épouse, M. Bompard (FN) renforce son emprise sur la ville d'Orange

par Michel Samson


du 3 avril 2004

Marie-Claude Bompard , qui a rejoint son époux au conseil général du Vaucluse, a bénéficié des divisions de la majorité et d'un bon report des voix de droite au second tour

Depuis le jeudi 1er avril, Marie-Claude Bompard, épouse du maire Front national d'Orange, siège avec son mari au conseil général du Vaucluse, qui accueille pour la première fois deux élus d'extrême droite. Ce succès d'un clan politico-familial très soudé ne doit rien au hasard et tout à ce que leur opposante la plus résolue au conseil municipal, Anne-Marie Hautant (régionaliste, divers gauche), appelle « leur travail de terrain depuis neuf ans ».

C'est en effet en 1995 que la mairie a été gagnée par Jacques Bompard. « La vitrine orangeoise fonctionne, explique l'élue, d'autant qu'elle s'appuie sur une communication permanente. » Mme Hautant pointe en particulier le rôle joué par le journal municipal, relayé, en période de campagne électorale, par des tracts de propagande incendiaires.

La gestion de la ville par M. Bompard est principalement axée sur l'embellissement du centre-ville au détriment des quartiers pauvres ( Le Monde du 23 février 2001) et sur un clientélisme en direction des classes moyennes. Une gestion qui est payante aux termes électoraux : M. Bompard a été réélu au premier tour de la municipale de mars 2001, balayant au passage les forces politiques d'opposition dans la ville et dans le canton. Elles ont été « laminées » entend-on, aussi bien à gauche qu'à la permanence de l'UMP, où le choc des dernières élections a été ressenti d'autant plus fortement que le candidat du parti chiraquien n'a pas pu se qualifier pour le second tour de la cantonale à Orange-Est.

Au conseil municipal, la droite disposait depuis 2001 de trois élus. L'un a rallié le FN et occupe un poste d'adjoint « aux affaires européennes » ; un autre est porté pâle, mais ne démissionne pas ; le troisième ne prend presque jamais la parole et semble être déconsidéré dans son camp. La gauche, elle, a trois élus, dont Line Séguret (PS), candidate malheureuse à l'élection cantonale, Claude Béroud et Mme Hautant.

Travaillant ensemble, n'hésitant pas à prendre la parole dans le climat haineux que les amis du maire font régner lors des conseils, ces élus sont régulièrement l'objet de quolibets insultants. Mme Hautant a même été expulsée du conseil par la police municipale, tout comme le mandataire de l'UMP de la mairie lors de la proclamation des résultats, le 28 mars.

MONTÉE EN PUISSANCE

Malgré cela, l'influence du FN s'est largement étendue depuis 2001. Passant, entre 1998 et 2004, de 32,9 % à 39,7 % des suffrages, Mme Bompard a gagné plus de 1 100 voix, une hausse qui se concentre dans les villages qui forment, avec la moitié est de la ville, le canton qu'elle vient de remporter. Dans ces campagnes, l'UMP n'est pas parvenue à contrer la montée en puissance du Front national. Elle paie le prix de ses divisions. Conseiller général sortant, Jacques Bérard, pourtant investi par l'UMP départementale, n'a pas fait l'unanimité. Nombreux sont ceux qui ne doutaient pas que celui-ci menait le combat de trop. Il a recueilli 9 % des voix au premier tour, alors que ses concurrents de droite - Louis Biscarrat (div. d.) et Jean-Paul Montagnier (UDF) - attiraient respectivement 16 % et 11 % des suffrages.

Il aura ensuite fallu cinq jours pour que le désistement en faveur de la candidate socialiste Line Séguret, restée en lice face à Mme Bompard, soit décidé avec un mot d'ordre mesuré appelant à tout faire « pour éviter l'élection du Front national ». Le député et maire (UMP) de Valréas, Thierry Mariani, qui l'a rédigé, explique que ce sont les mêmes termes qu'avait employés le candidat de la gauche en 2001, quand il s'était désisté en faveur de la droite. Il n'aura pas suffi.

Jean-Michel Ferrand, député (UMP) du Vaucluse et responsable départemental de l'UMP, explique : « Quand la gauche appelle à voter pour le candidat de la droite républicaine, ça marche, mais l'inverse ne marche pas. » Un militant chiraquien se montre plus précis : « Les militants UMP et les amis très proches ont suivi la consigne, mais les personnes de droite se sont abstenues ou ont voté Front national : de toute façon, elles ne comprennent plus rien. » En effet, le jour où les électeurs de droite étaient appelés à voter pour la gauche, ils étaient également incités à dénoncer le « bilan zéro » de Michel Vauzelle (PS) à la région. Ce désarroi ne semble pas près de disparaître.