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Vidéo-surveillance à Conségudes (Alpes Maritimes)

lu dans Le Monde - vendredi 15 février 2002 (page 37)

L'endroit a pourtant un air tranquille. A une cinquantaine de kilomètres de Nice, surplombant une vallée encaissée du massif du Cheiron, Conségudes campe ses vieilles pierres à flanc de montagne dans un silence idéal. Une quiétude tout juste troublée, parfois, par le bruit d'un moteur ou des rires d'enfants. Mais, à en croire la majorité de ses 59 habitants, l'apparente sérénité de Conségudes est trompeuse. Au point que, depuis quelques mois, son maire (CPNT), Claude Lanteri, juge indispensable t'installation d'un système de vidéosurveillance permettant de contrôler, la nuit venue, l'entrée du hameau.

« La première caméra infrarouge sera placée dans le clocher de l'église », explique M. Lanteri, pointant du doigt 1'édifice qui, en bordure de la D1, marque l'entrée de la commune. A une distance de 300 mètres, le bruit d'une voiture déclenchera automatiquement la surveillance. Si le véhicule repéré s'aventure dans l'Avenue des Anciens Combattants, seule route à se détacher de la départementale pour monter au village, une seconde caméra, accrochée aux murs d'une haute bâtisse tricentenaire, prendra le relais et un feu tricolore passera instantanément - et définitivement - au rouge. Premier signe que l'importun n'est pas bienvenu. « J'ai d'abord pensé à un système de badge, où seuls les habitants seraient en mesure d'entrer dans le village pendant la nuit. Mais j’y ai finalement renoncé, explique M. Lanteri. Le coût était vraiment trop élevé. »

A défaut, le feu rouge devrait dissuader le fauteur de troubles d'entrer dans Conségudes. Mais si l'indésirable poursuit sa progression, une troisième caméra, tout à côté de la Place principale, entrera en action. « A ce stade, il y a deux possibilités, précise l'élu. Soit on met en place un système qui alerte les habitants, soit on installe deux ou trois puissants projecteurs qui s'allumeront devant l'intrus. » Une dernière option qui semble avoir les faveurs de M. Lanteri, celui-ci la jugeant « suffisamment dissuasive ». Fortement décrié jusqu'à Paris par plusieurs associations, comme le Collectif pour les libertés individuelles face aux technologies de l'information (Clifti), nominé aux Big Brother Awards, pastiche des Oscars américains, récompensant les projets les plus attentatoires aux libertés individuelles, le projet de M. Lanteri ne semble pas, sur le terrain, rencontrer de virulente opposition. « Je me suis heurté à des jeunes de la commune qui m'ont dit que j'al/ais mettre en cause leur vie privée, admet le maire. Je leur ai répondu qu’i1s n'étaient pas représentatifs car l'écrasante majorité des habitants est très favorable à ce projet. » De plus! plaide-t-il, de tels systèmes sont déjà en place dans nombre de parkings, de banques ou de gares.

Pour justifier de la pertinence de son idée, Claude Lanteri cite les derniers incidents survenus dans sa commune. Il y a trois ans. une bande « de Carros ou de Vence », les villes avoisinantes, est montée au village pour vandaliser des véhicules stationnés. Deuxième acte : une tentative de vol dans la mairie, en mars 2001, dont l'auteur a d'ailleurs failli ne pas sortir vivant. Plusieurs habitants sont en effet intervenus et l'un d’eux a fait parler son fusil, blessant à la jambe le malfrat. Pour finir, il y a deux mois, quatre maisons de famille ont été cambriolées en une nuit. « Et si on multiplie ça par le nombre de communes qui ont les mêmes problèmes que nous, ça commence à faire beaucoup », précise M. Lanteri.

« C'est vrai qu'il y a un peu un sentiment de psychose, ajoute une habitante. Et l’isolement y contribue beaucoup. » Les gendarmes de Roquestéron ne sont qu'à 10 kilomètres. Mais dans ce pays de tortueuses départementales et de précipices, où l’« on compte plus en temps de trajet qu'en kilomètres », il leur faut « plus d'une demi-heure pour arriver », explique une habitante. Ailleurs dans le canton, le « même sentiment de psychose »" prospère, assure-t-elle, et Conségudes espère faire vite des émules. Une patronne de bar de Roquestéron, conseillère municipale, ne trouve rien à redire au projet. « Dans le pays, les gens n’y sont pas hostiles, assure-t-elle. Et personnellement, cela ne me dérange pas d'être surveillée car je n’ai rien à me reprocher. »

Reste l'obstacle financier. A Conségudes, le conseil général des Alpes-Maritimes a accepté de subventionner 20% des 23 000 € nécessaire. La région a refusé de mettre la main à la poche. Le maire ne se décourage pas pour autant. Il prospecte d'autres financements et promet de donner à Conségudes son système de vidéosurveillance d'ici à juin.

Stéphane Foucart


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