Le conseil municipal de Hyères parle des gens du voyage

[ Var Matin - édition de Hyères - vendredi 14 Fevrier 2003 ]

Une aire de passage pour les gens du voyage
Prévue dans le cadre du Schéma d'accueil départemental, elle permettrait d'éviter les campements sauvages tout en proposant aux familles des conditions de séjour décentes, en phase avec la loi

A la demande du préfet, le conseil municipal a pris acte du futur schéma départemental pour l'accueil des gens du voyage qui devrait incomber à TPM. Il prévoit dans le périmètre de l'agglomération, la création de deux aires d'une trentaine de places pour les familles itinérantes, ainsi qu'une aire de grand passage de 150 places, à proximité des axes de circulation. Cette aire pourrait se situer à Hyères.

L'absence de réalisation de ce schéma départemental, relatif à la loi du 5 juillet 2000, interdirait aux communes d'engager des procédures d'évacuation forcées à l'encontre des gens du voyage.

La municipalité a souhaité attirer l'attention de ces instances sur la sédentarisation d'un certain nombre de personnes sur le site d'accueil initial des marais. Un lieu digne des ghettos du tiers-monde, entre la décharge publique et la station d'épuration.

Les élus hyérois considèrent « qu'il ne peut être envisagé de réhabiliter ce site. Et qu'il conviendra donc de proposer aux personnes concernées leur relogement dans des conditions décentes ».

La gestion des familles itinérantes a cependant provoqué de houleux échanges au sein de l'assemblée communale. Certains ayant été échaudés par la présence récente de caravanes sur le port.

Les forces de l'ordre y auraient procédé à une « opération musclée avec confiscation des câbles d'eau et des câbles électriques ».

Le maire, Léopold Ritondale, a conspué « ces gens qui ne payent ni impôts, ni eau, ni électricité ».

Il est revenu sur Le terrain des marais : « il a été aménagé par Mario Bénard. Mais les gens qui s'y sont installés ne partent plus. Je ne veux pas que cela se reproduise ailleurs et que la ville ait des camps de gitans au lieu de campings. 30 caravanes à Toulon, et à Hyères le paquet : TPM a une certaine conception de la solidarité. C'est le partage des dépenses, jamais des recettes ».

Selon l'adjoint Yvon Pellegrino « le camp des Marais coute à la commune 100.000 F par an d'eau ». Alain Jaubert (chevènementistes) a évoqué « le lobby des gens du voyage » et « les revendications communautaires, plus ou moins religieuses, qui savent se faire entendre ».

Marie Christine Hamel (UMP) s'est vivement élevée contre ces discours : « Il y a 300.000 tziganes en France qui ont fait un choix de vie. Il faut le respecter. C'est une richesse culturelle. Il y a des lois, il convient de les respecter. Dans les aires gérées par des associations, les Tziganes, les Manouches, les Rom payent leur quota d'eau. Je suis allée visiter le camp des marais. J'ai vu des enfants jouer dans des bassins. Ce lieu où l'on fait vivre des enfants est un lieu de relégation, c'est lamentable...

« Les canalisations sont cassées, a poursuivi Marie Christine Hamel. L'eau s'écoule en permanence, pas étonnant de payer 100.000 F par an. Tant que la loi ne sera pas mise ne place, pas étonnant qu'il y ait des dérives. Si vous vous substituez à la Loi et à l'Etat, vous êtes dans la toute puissance totale (...).

Votre intervention musclée, sur le port, vous n'auriez pas pu la faire si la loi était réellement en vigueur ».

Pour Sylviane Belleoud, élue de la majorité, « la ségrégation, c'est à l'encontre du petit peuple hyérois qu'elle est faite. On se voit imposer des différences par des gens qui ne tiennent pas compte de notre façon de vivre ».

« Vous confondez gens du voyage et squatters, a expliqué Michel Glaize, adjoint à la sécurité. Si les aires sont gérées par une association de Gitans, il n'y a pas de possibilité de squat.

Une aire de passage telle que celle pressentie à Hyères prévoit des passages ponctuels, et peut être isolée du centre ville, contrairement aux petites aires de 30 places, occupées toute l'année, qui devront être proches des centres villes pour la scolarisation des enfants. ».

N.BRUN.