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Condamnation de néo-nazis satanistes à Toulon

quatre jeunes gens ont reconnu avoir profané une tombe à Toulon - le Monde 12 juin 96
les quatre jeunes profanateurs de Toulon ont été incarcérés - le Monde 13 juin 96
l'enquête sur la profanation du cimetière de Toulon met au jour des liens avec l'extrême droite - le Monde 25 juillet 97
trois jeunes adeptes de Satan sont condamnés à des peines de prison ferme - le Monde 22 octobre 97
sept néo-nazis comparaissent à Toulon pour provocation à la haine raciale - le Monde 4 février 2004
les condamnations

Huit membres d'un "réseau de satanistes néo-nazis" ont été jugés puis condamnés par le tribunal correctionnel de Toulon. Ils étaient accusés de "diffusion d'une revue exhortant à la haine raciale et l'antisémitisme, et profanation de sépultures". Sept d'entre eux ont comparu lors des audiences lundi 2 février et mardi 3 février 2004. Lundi 16 février 2004, le tribunal a prononcé des peines de prison et de privation de droits, et accordé des dommages et intérêts aux parties civiles.

Ils étaient accusés d'avoir diffusé la revue W.O.T.A.N. (Will of the aryan nation - volonté de la nation aryenne), bulletin mensuel de "rééducation" des CHS (Charlemagne Hammer Skin), édité à Londres. La justice reprochait à quatre de "ces admirateurs du IIIe Reich" d'avoir profané plusieurs tombes à Six-Fours (Var) en 1997.

Anne Sinclair, Patrick Gaubert, président de la LICRA, injuriés et menacés de mort dans cette publication, s'étaient constitués parties civiles aux côtés de la LDH, du MRAP et de la LICRA.

Mardi 3 février, le Bâtonnier Jean-Guy Levy, représentant la LlCRA, a ouvert les plaidoiries de la partie civile. Il n'était pas étonné par le contexte toulonnais de l'époque : " en 1995, après la faillite des partis républicains, le Front national a conquis la mairie de Toulon. Et dans une librairie du centre ville, tout comme dans l'enceinte de la Féte du livre en liberté, on pouvait retrouver des documents qui sont aujourd'hui exposés sur la table des pièces à convictions. " L'avocat dressait ensuite le lourd bilan de l'antisémitisme en 2003, avec ces 125 actes graves (incendies, violations de sépultures) et 463 menaces à l'intégrité physique : " c'est un dossier d'écoeurement profond ", a lancé le bâtonnier espérant que "ces actes ne resteraient pas impunis ". [d'après Var-Matin]

Maître Christine Ravaz a demandé 5000 euros de dommages et intérêts pour chacune des associations, la LDH et le MRAP, qu'elle représentait. L'avocate a souligné que la mémoire des juifs déportés pendant la guerre et exterminés était souillée par la diffusion d'idées antisémites au travers de tracts dont certains ont été retrouvés par la LDH puiqu'ils ont continués à être distribués dans des boîtes aux lettres toulonnaises [en novembre 2003]. " Devant la gravité des faits commis, les prévenus ne reconnaissent pratiquement rien et cherchent à les banaliser. On minimise, on ne se souvient de rien, alors que sur Internet on donne des conseils pour être un parfait terroriste ", a-t-elle lancé à l'égard des prévenus. [d'après la Marseillaise]

"Un réquisitoire ferme, des peines modérées" [Var-Matin]

Le substitut du procureur de la République, Serge Bocoviz, a rappelé que les faits étaient anciens, datant de 1996 et 1997. Il a cependant estimé qu'ils restaient "d'une actualité brûlante". " Nous sommes au coeur de la cyber-criminalité", a-t-il affirmé. "Ce ne sont pas des négationnistes. Ils disent que l'on n'en a pas assez brûlé", a-t-il souligné en analysant le document antisémite diffusé par les prévenus.

Le représentant du ministère public a requis 36 mois de prison dont 30 avec sursis pour Eric Monnier, 31 ans, présenté comme l'inspirateur de la revue W.O.T.A.N. ; il a requis 2 ans de prison dont 19 mois avec sursis à l'encontre de David Magnoni, 31 ans, et des peines ne dépassant pas les quatre mois de prison ferme pour les autres prévenus. Il a demandé pour tous une mise à l'épreuve de 3 ans et 5 ans d'interdiction de leurs droits civiques, civils et familliaux. Une peine de trois ans de prison ferme a été réclamée pour Hervé Guttuso, 31 ans, résidant en Grande-Bretagne, en fuite, qui est jugé par défaut

Les condamnations

En fuite, Eric Guttuso, relaxé de violations de sépultures à Six-Fours (Var) en 1997, a été condamné par défaut à quatre ans de prison pour avoir diffusé W.O.T.A.N., revue exhortant à la haine raciale et à l'antisémitisme. Un mandat d'arrêt a été lancé contre cet homme qui réside actuellement en Grande-Bretagne.

Toutes les autres peines de prison ferme sont couvertes par la détention préventive. Eric Monnier, 31 ans, "l'intellectuel", titulaire d'un doctorat de sciences, présenté par l'accusation comme l'inspirateur de la revue W.O.T.A.N, a été condamné à 30 mois de prison dont 24 mois avec sursis. Les six autres prévenus ont été condamnés à des peines de prison allant de 1 an avec sursis à 2 ans dont 20 mois avec sursis. Chacun des prévenus se voit en outre privé de ses droits civiques, civils et familiaux, pour une durée de cinq ans.

Les parties civiles : Patrick Gaubert, président de la LICRA, ainsi que la LICRA, ont obtenu un euro symbolique de dommages intérêts. Quatre condamnés devront verser 2.000 euros chacun à Anne Sinclair. Chaque prévenu a été condamné à verser 1000 euros à la la Ligue des droits de l'homme et au MRAP. Tous les objets saisis, des croix gammées, des documents et livres néo-nazis, des photos de simulacre de cérémonie du "IIIème Reich", ont été confisqués et seront détruits. Chaque partie civile se voit attribuer solidairement 1200 euros au titre de l'article 475-1.

A noter qu'aucun des prévenus n'a assisté à la lecture du jugement.


Sept néo-nazis comparaissent à Toulon pour provocation à la haine raciale

Le Monde, daté du 4 février 2004


"Jusqu'à preuve du contraire, des paroles et des papiers, ça ne fait pas de morts", a osé avancer l'un des prévenus.

Des livres sur le IIIe Reich, des revues sur les SS, des ceinturons avec une croix gammée en guise de boucle... s'entassent sur la table des pièces à conviction. Dans ce fatras posé devant le tribunal correctionnel de Toulon, des tracts à la dimension d'images d'écoliers, reliés par une ficelle et la cire de la justice, composent un sidérant catalogue de l'antisémitisme. "Je suis juif mais je me soigne au Zyklon-B", lit-on sur un papier. Un autre représente deux cochons frappés de l'étoile jaune avec pour légende : "Egorgeons-les".

Vêtus de noir, portant bouc et queue de cheval, les prévenus, sept jeunes hommes âgés de 27 à 30 ans, ne nient pas avoir, en 1996 et 1997, diffusé en France et dans de nombreux pays ces fanzines néo-nazis. Ils ne renient que du bout des lèvres ces années durant lesquelles "cette idéologie a pris le pas sur la musique" black metal, ciment de ce réseau. Wotan (Will of the aryan nation), bulletin mensuel de rééducation, du groupuscule skinhead Charlemagne Hammer Skin (CHS), édité à Londres, constitue la pièce principale de cette littérature aux titres éloquents - "Je suis partout", "Terreur d'élite", "White Spirit", etc. - et aux manchettes effrayantes : "Est-ce que les juifs sont recyclables ? En abat-jour ? En savonnette ? En engrais ?" Le fondateur et dirigeant présumé du CHS, Hervé Guttuso, âgé de 30 ans, ne s'est pas présenté à l'audience et sera jugé par défaut. Tous répondent de provocation à la discrimination, à la violence et à la haine raciales et d'apologie de crimes contre l'humanité, de crimes de guerres, d'atteintes volontaires à la vie.

La présidente, Lucie Chapus-Bérard, lit quelques-unes des déclarations recueillies après l'interpellation des skinheads : "Je suis prêt à pratiquer des actes de terrorisme. Je suis pour une destruction massive des juifs. Si j'en veux aux juifs, c'est qu'ils ont conçu le christianisme, qui dévalorise l'homme..." Confronté à ces auditions, Laurent Franchet parle de "propos volontairement exagérés". "J'en ai fait des tonnes, dit-il. Ces idées m'étaient montées au cerveau mais je ne me considère pas comme un terroriste. Jusqu'à preuve du contraire, des paroles et des papiers, ça ne fait pas de morts."

"J'ÉTAIS BÊTE ET MÉCHANT"

En toile de fond de ce dossier, il y a pourtant des morts. Le colocataire d'Hervé Guttuso est emprisonné à Londres pour un crime raciste. Assis face aux juges toulonnais, l'un des prévenus, Anthony Mignoni, avait été un personnage central du procès de David Oberdof, devant la cour d'assises du Haut-Rhin, en avril 2001. L'accusé, un sataniste alsacien, disait avoir tué de 33 coups de couteau le père Jean Uhl, dans le presbytère de Kingers, pour "s'élever au rang d'Anthony Mignoni". La présidente rappelle aussi que deux diffuseurs de Wotandemeurant à Rouen, Cyril Dieupart et Ronald Robin, avaient été suspectés d'y avoir incendié l'entrepôt d'un commerçant juif. "C'était pas nous", affirme Ronald Robin, qui diffusait les revues sous le couvert de son association SD88. SD comme Skinhead et 88 comme Heil Hitler, le h étant la huitième lettre de l'alphabet. "J'étais bête et méchant", confesse le jeune homme.

Présenté comme "l'intellectuel", car titulaire d'un doctorat de sciences, Eric Monnier ne reconnaît rien du tout. Il évoque une parenthèse skinhead dans une "éducation centriste"à Lyon, mais rien de plus. Il tient tête à l'expert informaticien qui a retrouvé, dans son ordinateur, la trace du numéro 18 de Wotan, en cours de rédaction. Ce garçon qui, au moment de son arrestation, s'était présenté comme "un ultranationaliste à la droite du Front national", conteste avoir diffusé sur Internet le "Tamago-juif", parodie antisémite du jeu électronique japonais Tamagotchi. Il nie avoir parlé à ses co prévenus d'Auschwitz comme d'"un merveilleux camping".

L'enquête avait débuté par la découverte, dans un blockhaus, de photos de messes noires dans un cimetière varois. On y voyait Laurent Franchet, Anthony Mignoni, David et Christophe Magnoni, deux frères formant le groupe de musique "Bénis dans le péché", en train de brandir des épées et portant des brassards avec des croix gammées. Anthony Mignoni et Christophe Magnoni ont été condamnés, en 1997, pour avoir exhumé un corps dans le cimetière central de Toulon, avec deux complices. Le cadavre avait été frappé au visage à coups de marteau et une croix à l'envers avait été plantée dans le thorax. Représentés dans des caricatures où ils sont menacés de mort, Anne Sinclair, Simone Veil, Patrick Gaubert, président de la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), se sont constitués partie civile au côté d'associations antiracistes.

Luc Leroux


Trois jeunes adeptes de Satan sont condamnés à des peines de prison ferme


Le Monde, 22 Octobre 1997

Le tribunal de Toulon a condamné, le 20 octobre 1997, à des peines de deux à quatre ans de prison trois jeunes gens qui avaient profané une sépulture, en juin 1996. Cérémonies sataniques, messes noires dans les cimetières, fatras idéologique où Satan voisine avec Hitler. « On voulait se faire un cadavre pour se faire plaisir », avaient dit aux enquêteurs les condamnés, qui n'ont avancé que de pâles explications devant le tribunal.

Le tribunal de grande instance de Toulon a condamné, lundi 20 octobre, trois des quatre jeunes gens ayant profané une sépulture dans la nuit du 8 au 9 juin 1996. Christophe Magnoni, 21 ans, a été condamné à deux ans de prison, Emilie Dervillers, 19 ans, à trois ans, et Anthony Mignoni, 21 ans, à quatre ans. Ces peines sont toutes nuancées par un an de sursis et assorties de trois ans de mise à l'épreuve, avec interdiction de fréquenter les cimetières et de se rencontrer.

Une autre adolescente, âgée de moins de dix-huit ans, ayant participé à cette profanation, sera jugée ultérieurement par un tribunal pour enfants. Elle devrait répondre des mêmes chefs d'accusation : « violation et profanation de sépultures, atteinte à l'intégrité physique d'un cadavre » et « volonté délibérée de s'attaquer au symbole de la religion supposée de la personne ». « Ça n'était que surenchère verbale et provocation. » Comme un leitmotiv, cette pâle justification revient chaque fois que la présidente du tribunal, Isabelle Verdeaux, confronte Anthony Mignoni à ses propres aveux, faits aux enquêteurs le lendemain de la profanation. « FASCINATION »

Elle lit des extraits d'audition permettant de reconstituer la préparation de cette opération macabre, l'exhumation du cercueil d'Yvonne Foin, une septuagénaire enterrée vingt ans plus tôt.

La présidente évoque l'effraction de l'enveloppe de zinc sur laquelle Emilie Dervillers va sauter à pieds joints pour la faire éclater, avant de se retrouver en face d'un cadavre embaumé qui la « fascine » et dont elle dégraffe le corsage pour en découvrir et caresser la poitrine. Sous le regard de Christophe Magnoni, le couple, auquel la jeune S. prête main forte, s'acharne ensuite sur le cadavre, le frappant à plusieurs reprises sur le crâne à l'aide d'un marteau avant d'enfoncer dans ce corps momifié un crucifix renversé à hauteur du coeur. « Ce soir-là, on voulait se faire un cadavre pour se faire plaisir... Les morts dans les cimetières ne sont que du bétail. » C'est ainsi qu'un des jeunes expliquera cette profanation à des policiers médusés par le calme déterminé des quatre jeunes. Devant le tribunal, ils ont perdu de leur verve et leurs explications, avancées d'une voix fluette, manquent de conviction.

Emilie ne laisse rien paraître derrière un visage de cire au large front et aux cheveux tirés en chignon. Derrière ses lunettes de métal, le regard paraît absent et il est difficile de voir en elle cette « succube » (démon femelle) dont elle a longtemps revendiqué le titre. Insensiblement, Emilie se rapproche d'Anthony dont le visage aux traits fins et réguliers est éclairé d'un sourire.

Tel le leader du groupe, il répond aux interrogations de la présidente avec des phrases policées, en rupture avec ses déclarations initiales qui exaltaient cette « jouissance » et cette « extase » ayant succédé au forfait. Christophe se tient à l'écart de ses deux comparses d'hier ; engoncé dans son veston gris, les cheveux longs peignés en tresse, il est avare de mots.

SOUS-CULTURE

Peut-on trouver des raisons objectives ou rationnelles à cette profanation ? C'est la question que se posera l'avocat général, Pierre Cortes, qui ne voit dans ces jeunes qu'une « horde de malfaiteurs » ayant mis au point « un stratagème machiavélique » et pour lesquels « une seule valeur subsiste : la haine de l'humain, doublée de la lâcheté d'individus subsuicidaires ».

Les trois accusés suivent comme fascinés le réquisitoire, empreint de références philosophiques ou religieuses. Etrangers à eux-mêmes, ils écoutent mais ne semblent pas entendre, enfermés qu'ils sont dans un univers de souffrance, d'ennui et de désespoir. Quelques excuses seront prononcées en direction de la famille, des excuses que Me Jean-Pierre Servel, au nom des parties civiles, refusera à « ces gens dangereux constituant une sous-culture ».

Les conseils des prévenus vont tenter de relativiser les gestes de leurs clients en s'appuyant notamment sur des rapports d'experts les jugeant immatures et incapables d'intégrer une activité sectaire ou idéologique. Restaient les aveux passés, dont ceux d'Emilie exaltant « des idées nazies » avec leur cortège de gens néfastes au rang desquels « les arabes, les juifs, les négros, les rappeurs et les handicapés ».

Subsistait également cette mise sous contrôle judiciaire dont avaient bénéficié Anthony et Emilie : ils l'avaient mise à profit pour se livrer à nouveau à d'étranges cérémonies sataniques dans un cimetière de l'ouest varois, ce qui leur a valu d'être à nouveau incarcérés. Interrogés alors par les gendarmes, Anthony avait persisté en déclarant : « Je suis contre la race humaine. Je la méprise. Je suis toujours un adepte de Satan. »

José Lenzini


L'enquête sur la profanation du cimetière de Toulon met au jour des liens avec l'extrême droite

Le Monde, le 25 Juillet 1996

Plus d'un mois après l'arrestation de quatre jeunes gens, dont une mineure, considérés comme les auteurs de la profanation du cimetière de Toulon, dans la nuit du 8 au 9 juin, les enquêteurs ont mis au jour les liens existant entre ces personnes et des groupes associant musique « hard rock » et idéologie néo-nazie. Les jeunes mis en examen persistent dans leur mutisme face aux questions des policiers et des médecins.

Manipulation ou fragilité psychologique extrême ? Les policiers chargés de l'enquête sur la profanation, dans la nuit du 8 au 9 juin, de la tombe d'Yvonne Foin au cimetière central de Toulon, sont à la fois perplexes et déroutés. Les deux psychiatres commis par le parquet aux fins d'expertise des quatre profanateurs ont eu à examiner des personnes passablement perturbées et qui, malgré plus d'un mois passé en prison, campent sur leurs premières déclarations. Aujourd'hui, les enquêteurs ont acquis la conviction que ce « passage à l'acte » est le résultat d'une conjonction entre fantasmes, musique et littérature néonazie, mais les quatre jeunes refusent de s'expliquer.

Au quartier des femmes de la prison Saint-Roch de Toulon, Emilie Dervillers, vingt et un ans, partage de nouveau la cellule 005 avec Laurence, la mineure de cette exaction funèbre qui avait menacé d'un « sacrifice satanique » l'une de ses codétenues précédentes. De son côté, Christophe Magnoni, vingt-deux ans, persiste à nier toute responsabilité matérielle dans la profanation. Lors de sa première audition, au lendemain des faits, il expliquait même s'être rendu dans le cimetière avec ses trois amis seulement « parce que c'est tranquille, que j'aime bien l'ambiance et surtout que je ne risque pas d'y être agressé : les rues ne sont pas sûres... »

« PROVOCATION »

Il manque pourtant d'arguments quand il lui faut expliquer comment son adresse peut figurer au bas d'un article signé « Antitheos » dans un numéro de Deo Occidi, un des fanzines (journaux polycopiés) retrouvés à son domicile. Il y est question de musique et du groupe Funeral, auquel Anthony Mignoni prétendait appartenir. Un des musiciens de ce groupe justifiait sa création en ces mots : « Pour diffuser mes idées basées sur la destruction des religions juive, chrétienne et musulmane, pour la pureté et la suprématie de la vraie race aryenne. »

Pour l'avocat d'un des deux jeunes gens, « il est illusoire d'aller chercher là une connotation politique ». « Il faut plutôt y voir une provocation extrême et déraisonnable, un goût ultime pour la provocation... », affirme-t-il. Certes, mais les policiers ont aussi découvert des photographies de groupes portant la croix celtique, d'autres sur lesquelles l'un des profanateurs porte un brassard rouge orné d'une croix gammée. Ces clichés auraient pu être pris au cimetière du Beausset (village de l'ouest de Toulon où résidait Laurence), dont on a appris, depuis, qu'il avait été profané en septembre 1992 et septembre 1995.

Sur place, les gendarmes avaient retrouvé des croix inversées plantées dans le sol. Lors de la perquisition chez les deux garçons, les policiers ont saisi de nombreux tracts à connotation fasciste tirés de revues ou fanzines comme Deo Occidi, Omega, Lutte des peuples ou Réfléchir et agir, qui ont en commun de traiter de musique pour diffuser une idéologie d'extrême droite, voire néonazie. L'une de ces publications préconise « de tisser des liens avec les milieux nationaux-socialistes, de supporter leur action en les aidant » et recommande à « chacun de s'armer de manière individuelle en vue de combattre des opposants ».

« PARASITES INFÉRIEURS »

« Tout mélange racial est interdit. Seul l'eugénisme peut purifier notre race. Les non-blancs (à l'exception des Asiatiques dont le passé est comparable au nôtre) sont des parasites inférieurs », indique une de ces publications. L'un des profanateurs était en possession d'un tract sur lequel était dessiné le visage du Christ accompagné de ce commentaire : « On recherche pour crime contre l'humanité Jésus, dit le Christ, accusé d'être l'initiateur de persécutions et de meurtres de millions de personnes. Il est le fondateur du christianisme, une religion de fanatiques qui promet la vie éternelle, mais a comme finalité l'esclavage. »

Ce tract est la photocopie d'un message publié dans Rock Napalm, autre fanzine dont l'hebdomadaire L'Express (daté 11-17 juillet)précise qu'il est « proche du groupuscule d'extrême droite Nouvelle Résistance, fondé en 1991 par Christian Bouchet et André-Yves Beck ». M. Beck est aujourd'hui directeur de la communication de Jacques Bompard, maire (Front national) d'Orange.

Les enquêteurs s'intéressent tout particulièrement à M. Mignoni qui, le soir de la profanation, avait rédigé de la main gauche, pour falsifier son écriture, une lettre dans laquelle il revendiquait cette exaction au nom d'un groupe intégriste musulman. Cette lettre, qu'il n'a pas eu le temps d'envoyer, a été retrouvée à son domicile. Elle était adressée à Jean-Marie Le Chevallier, maire (Front national) de Toulon.

José Lenzini


Les quatre jeunes profanateurs de Toulon ont été incarcérés

Le Monde, le 13 Juin 1996

Antony Mignoni (vingt ans), Christophe Magnoni (dix-neuf ans), Emilie Derviller (dix-neuf ans) et L. C. (dix-sept ans), qui ont reconnu la profanation du cimetière de Toulon, ont été déférés, mardi 11 juin, au parquet. Ils ont été incarcérés à la demande du juge d'instruction, Thierry Rolland, qui les a mis en examen pour profanation de sépulture et atteinte au respect des morts avec circonstances aggravantes. « Ce soir-là, on voulait se faire un cadavre pour se faire plaisir... les morts dans les cimetières ne sont que du bétail. » C'est en ces termes que l'un des jeunes a justifié l'exaction du groupe. D'une voix blanche, les uns et les autres ont évoqué cette nuit du 8 au 9 juin, au cours de laquelle ils ont exhumé le cadavre d'Yvonne Foin avant de lui planter un crucifix à l'emplacement du coeur.

UN MONDE CLOS

Ils ont détaillé les préparatifs de cette opération préméditée, la manière dont ils ont descellé la plaque de la pierre et comment une des jeunes filles a sauté à pieds joints sur le cercueil qui résistait au marteau et au burin. Durant plusieurs heures, les policiers sont entrés dans le monde clos de ces jeunes gens frêles, convaincus d'être des succubes nés des oeuvres du diable. Ils ont entendu la litanie monocorde de la « haine des chrétiens, des juifs et des musulmans, qui ne sont que des boeufs à détruire », pour reprendre l'expression de l'un d'eux. Hormis L. C., la plus jeune du groupe, qui, à un moment, a estimé qu'elle devait être schizophrène, les trois autres se sont enfermés dans le délire satanique qu'ils cultivaient lors des soirées au Succubus Club, un bar privé de la basse ville, temple des jeux de rôles, et dont le décor funéraire convenait à leurs fantasmes millénaristes et lucifériens.

Dans la journée, tous quatre revenaient dans le monde des vivants, menant une existence rangée et polie au sein de familles honorables. Elèves en première L au lycée Bonaparte, les deux filles avaient de bons résultats scolaires et n'attiraient l'attention que par leur habillement. « C'était les seules à avoir des mèches de couleur qui tranchaient sur un maquillage blanc et à porter des redingotes noires et des croix renversées en sautoir », témoigne un élève. Très liées, elles avaient changé d'attitude en quittant le collège. « C'est alors qu'elles ont adopté leur nouveau style et se sont fait remarquer par leurs bizarreries, raconte une camarade de classe. Elles parlaient de sorcellerie, de magie noire, exhibaient des photos prises de nuit sur lesquelles on les voyait allongées en sous-vêtements, à même les tombeaux, le visage peint en blanc. »

OBJECTEUR DE CONSCIENCE

Plus déterminés, leurs deux compagnons paraissent également plus secrets. Selon sa famille, Christophe aurait été profondément marqué par le décès de sa fiancée en octobre dernier. Enfermé dans le silence, cet objecteur de conscience effectuait depuis quelques mois un service civil dans un centre d'aide par le travail de Toulon, sans rechercher les contacts. Il n'avait d'amitié que pour Antony, un étudiant en BEP audiovisuel à La Seyne, qui,lui, souffrait du divorce de ses parents. Ces deux jeunes partagaient une révolte qui allait se cristalliser autour de valeurs de plus en plus confuses.

Au domicile de l'un d'eux, les policiers ont découvert des cassettes vidéo d'épouvante, des statuettes religieuses au visage défoncé ou maculé de sang, des ouvrages en anglais sur les grands crimes de l'histoire, sur les techniques de l'autopsie et sur les mythes sataniques. Le procureur de la République de Toulon, André Viangalli, a requis un examen psychiatrique pour ces quatre jeunes qui ne semblent pas mesurer la portée de leur acte, prêts à aborder les cinq années de prison qu'ils encourent comme un purgatoire à l'écart de « toutes les religions de fanatiques dont la finalité est l'esclavage », selon un des tracts dont ils étaient les auteurs.

José Lenzini


Quatre jeunes gens ont reconnu avoir profané une tombe à Toulon

Le Monde, 12 Juin 1996

Des déclarations du préfet du Var, Jean-Charles Marchiani, suscitent une polémique

Les policiers de la sûreté urbaine de Toulon ont interpellé, dans l'après-midi du lundi 10 juin, quatre jeunes gens qui ont reconnu être les auteurs de la profanation de la tombe d'Yvonne Foin, dans la nuit du 8 au 9 juin. Il s'agit de deux garçons âgés de dix-neuf ans ainsi que deux jeunes filles âgées de dix-sept et dix-neuf ans.

Les enquêteurs demeurent perplexes face à ces jeunes qui n'auraient jamais eu maille à partir avec la police. Comme tant d'autres se revendiquant de la culture punk, ils semblaient tromper leur ennui en de longues discussions, marquant leur différence par des coiffures à la Mohican rehaussées de mèches fluorescentes, des vêtements de cuir noir, des oripeaux colorés et de grosses chaussures. La plus jeune du groupe est en classe de première au Lycée Bonaparte de Toulon. La seconde est étudiante à l'université de La Garde. Un des garçons est au chômage, l'autre affiche son aversion pour l'armée et est objecteur de conscience. Selon les enquêteurs, la profanation avait été soigneusement préparée. Des commerçants et des riverains avaient remarqué, la semaine dernière, la présence du groupe près du cimetière central. Il a repéré les lieux et a choisi la tombe d'Yvonne Foin, qui est située dans une encoignure, à l'abri des regards. Les jeunes étaient équipés d'un matériel qui leur a permis de désceller la plaque occultant la bière, de faire sauter les vis du cercueil de bois et de découper la protection de zinc. Les policiers n'ont pas eu de mal à les identifier et à les appréhender. Placés en garde à vue, les quatre suspects ont rapidement reconnu être les auteurs de cette profanation. Si l'on ignore encore les mobiles de leur acte, il semble peu probable qu'il ait une connotation raciste. Selon une source proche des l'enquête, tous quatre sont adeptes des sciences occultes. Lors d'une perquisition chez l'un d'eux, les policiers ont découvert un décorum mortuaire dans une pièce noire tendue de draps de même couleur, ornée d'os de volailles croisés et d'autres symboles sataniques.

Les quatre jeunes devaient être présentés, mardi 11 juin, au parquet de Toulon. Certains détails font que les policiers s'interrogent sur l'existence d'un groupe d'adeptes beaucoup plus important, féru de messes noires. Le crucifix de 30 centimètres fiché à l'envers dans le coeur de la victime est symbolique d'une « mystique » développant le thème de l'Antéchrist. Ce n'est sans doute par un hasard si des graffitis ont été retrouvés sur les rochers des plages toulonnaises du Mourillon : des croix renversées assorties du chiffre « 666 » symbolique d'une apocalypse liée à la manifestation de ce Messie qui serait une incarnation de Satan devant se manifester avant la fin du monde.

Ces interpellations mettent un terme à une série de déclarations et suspicions ayant passablement agité la classe politique varoise. Le préfet Jean-Charles Marchiani avait, dès dimanche, stigmatisé cette profanation comme un « acte antichrétien », s'interrogeant même sur le lien pouvant exister entre cette exaction et l'interdiction d'un concert du groupe de rap Suprême NTM à Châteauvallon. François Hollande, porte-parole du Parti socialiste, a qualifié, lundi, d'« inacceptables » les propos du préfet. « Il est indispensable que le gouvernement clarifie son attitude par rapport aux déclarations du préfet du Var », a affirmé M. Hollande en se demandant, à propos de la déprogrammation de Suprême NTM, s'il s'était exprimé « au nom de l'Etat » ou de « l'Occident chrétien ». Lundi après-midi, à l'issue d'une remise de médailles de la famille française, à laquelle assistait Jean-Marie Le Chevallier, maire FN de Toulon, le préfet s'est étonné du « tapage médiatique » fait autour de ses déclarations, estimant qu'il s'était exprimé « en tant que représentant de l'Etat, et en tant que chrétien ». Concernant l'intervention de François Hollande et des appels à sa démission, M. Marchiani nous a répondu que « pareille demande ne le troublait pas. J'en ai vu d'autres. Je voudrais rappeler qu'en 1983, alors que j'étais secrétaire général de la chaîne Méridien, j'ai été révoqué pour chiraquisme primaire... ».

Aujourd'hui, le malaise a gagné les rangs du RPR varois, dont le secrétaire départemental, Jean-Pierre Giran, s'est rangé aux côtés de Gérard Paquet, directeur de Châteauvallon, fustigé et menacé par M. Le Chevallier. Peu de militants gaullistes apprécient la trop subtile stratégie à laquelle M. Marchiani se livre pour, selon ses proches, récupérer les électeurs chiraquiens qui se seraient égarés au FN lors des dernières élections municipales.

José Lenzini