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une pétition à signer demandant
"la libération immédiate de tous les prisonniers malades dont l’état de santé et les garanties de guérison sont incompatibles avec le maintien en détention,
qu’il s’agisse des militants révolutionnaires d’Action Directe ou des prisonniers sociaux."


La Loi et la Justice pour les détenus d'Action Directe !

Joëlle Aubron, Georges Cipriani, Nathalie Ménigon, Jean-Marc Rouillan et Régis Schleicher sont détenus depuis une vingtaine d'années pour des assassinats et d'autres crimes. Le fait qu'ils les aient commis pour un motif politique ne rend pas leurs actes plus acceptables. Les détenus d'Action Directe ont semé une violence que rien ne peut justifier. Ils ont été jugés et condamnés pour cela : à perpétuité.

Aujourd'hui, leur état de santé n'est plus compatible avec le maintien en détention. Des lois existent qui permettent de mettre en liberté conditionnelle un condamné ou de suspendre l'exécution d'une peine afin de mieux soigner ou parce que le pronostic vital est irrémédiablement compromis.

Le délibéré pour la suspension de peine (loi Kouchner du 4 mars 2002) de Joëlle Aubron, atteinte d'une tumeur au cerveau, sera rendu le 28 mai 2004. La section de Toulon de la Ligue des droits de l'Homme espère qu'une décision favorable sera alors rendue pour Joëlle Aubron. Plus de 20 ans après les faits, il est temps de reconnaître à ces hommes et à ces femmes le bénéfice de l'égalité devant la loi. À défaut, la justice qui les a condamnés se transformerait en vengeance.

La section de Toulon de la LDH demande solennellement que cette loi puisse bénéficier à tous les détenus dont l'état de santé n'est plus compatible avec la détention, dans un esprit de justice et d'humanité.

Toulon, le 11 mai 2004


 

Pourquoi refuser à Nathalie Ménigon
ce qu'on a accordé à Maurice Papon ?

graphisme : Dominique Hasselmann

 

Deux poids, deux mesures

 

Incarcérée depuis 17 ans, Nathalie Ménigon a demandé à bénéficier de la loi Kouchner du 4 mars 2002 permettant de suspendre une peine si l'état du détenu est jugé "durablement incompatible avec le maintien en détention" ou si le pronostic vital est engagé. Mais la juridiction nationale de libération conditionnelle a rejeté sa demande, vendredi 9 avril 2004.

83 détenus ont bénéficié de cette loi en 2002 et 2003. Le cas le plus célèbre est celui de Maurice Papon : condamné à 10 ans de prison pour complicité de crimes contre l'humanité, l'ancien haut fonctionnaire de Vichy a été libéré en 2002 après deux années d'emprisonnement. Présenté à l'époque comme étant à l'article de la mort, Maurice Papon prépare maintenant activement la révision de son procès. Plus récemment, Loïk Le Floch-Prigent, 60 ans, condamné le 12 novembre 2003 à cinq années d'emprisonnement dans l'affaire Elf, a bénéficié de cette loi le 8 avril dernier.

Ancienne militante d'Action directe (1), Nathalie Ménigon, aujourd'hui âgée de 47 ans, avait été condamnée en 1989 et 1994 à la réclusion criminelle à perpétuité pour l'assassinat de Georges Besse, le P-DG de Renault, le 17 novembre 1986, et pour sa participation en 1985 à l'assassinat de l'ingénieur général René Audran.

Brisée physiquement et psychologiquement par des années d'isolement et des conditions de détention particulièrement rudes, Nathalie Ménigon, est aujourd'hui partiellement hémiplégique à la suite de deux accidents vasculaires cérébraux. Elle est au bout du rouleau.

Son maintien en détention ne semble plus répondre qu’à une volonté de vengeance, une motivation qui doit rester étrangère à une institution judiciaire sereine. Le principe d'humanité qui a prévalu pour Maurice Papon doit prévaloir pour Nathalie Ménigon.

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(1) Les anciens compagnons d'Action directe, Joëlle Aubron, 44 ans, et Jean-Marc Rouillan, 51 ans, également condamnés à perpétuité, ont aussi déposé des demandes de libération pour motifs médicaux, qui seront examinées prochainement. Joëlle Aubron a été hospitalisée en mars pour l'ablation d'une tumeur cancéreuse au cerveau. Jean-Marc Rouillan, emprisonné à Moulins (Allier), souffre d'un cancer du poumon décelé fin 2003. Un quatrième ex-membre d'Action directe, Georges Cipriani, a quant à lui sombré dans la démence en prison mais la loi Kouchner ne permet pas de libération dans ce type de cas.

Toulon, le 27 avril 2004


LA LOI, LA JUSTICE ET LA VENGEANCE

par Michel TUBIANA - Président de la LDH

 

Ils sont cinq à être détenus pour avoir commis des assassinats et d'autres crimes. Le fait qu'ils les aient commis pour un motif politique ne rend pas plus acceptables leurs actes. Les détenus d'Action Directe ont semé une violence que rien ne peut justifier. Ils ont été jugés et condamnés pour cela : à perpétuité.

L’un d'entre eux, Régis Schleicher, est détenu depuis 21 ans. Il est libérable mais ses demandes de libération conditionnelle se heurtent à une permanente fin de non recevoir. L'esprit de Georges Cipriani tangue entre les murs des hôpitaux psychiatriques et ceux des prisons. Depuis longtemps, Georges Cipriani a perdu jusqu'au sens du temps, des lieux et de la peine qu'il purge. Nathalie Ménigon, atteinte par deux accidents cérébraux-vasculaires, pratique l'auto-mutiliation et son état mental comme physique fait qu'elle se traîne plutôt qu'elle ne vit. On vient de la maintenir dans cet univers. Joëlle Aubron et Jean-Marc Rouillan sont atteints d'un cancer. Tous ont subi des conditions de détention que l'administration pénitentiaire réserve aux rebelles et à ceux qu'elle a désignés comme l'objet de toutes ses peurs : isolement, surveillance accrue, visites réduites, etc.

Que signifie le maintien en détention de ces ombres ? Certes, des lois existent : elles permettent de mettre en liberté conditionnelle un condamné ou de suspendre l'exécution d'une peine afin de mieux soigner ou parce que le pronostic vital est irrémédiablement compromis. Mais comment penser que ces lois sont normalement appliquées, non seulement dans leur lettre mais aussi dans leur esprit, à ceux et à celles qui ont autant défié la société ? Pourtant, la force d'une démocratie réside dans sa volonté de ne pas réserver de traitement d'exception, fût-ce à des faits exceptionnels. C'est de ramener chacun à l'aune de la règle commune. Plus de 20 ans après les faits, il est temps de reconnaître à ces hommes et à ces femmes le bénéfice de l'égalité devant la loi. À défaut la justice qui les a condamnés se transforme en vengeance.

Paris, le 28 avril 2004


Vengeance d'État

extrait de l'article Un meeting de Pierre Marcelle paru dans mardi 27 avril 2004

Le cynique détournement de la loi Kouchner de 2002, dont bénéficia notamment Maurice Papon, prolonge pour les prisonniers d'Action directe un verdict indicible qu'une vengeance d'Etat entretient, et qui condamne Joëlle Aubron, Georges Cipriani, Nathalie Ménigon, Jean-Marc Rouillan et Régis Schleicher à une mort lente et désespérée. En atteste le cas de ce dernier, incarcéré depuis vingt et un ans (soit la plus longue peine jamais subie par un politique dans une prison française), conditionnellement libérable depuis trois ans, mais dont le refus de se renier constitue, sous le prétexte d'une tentative d'évasion, l'an dernier, la véritable raison de son maintien en détention.

 

Le droit à l'oubli pour les détenus d'Action directe

par Dominique SIMONNOT

lundi 26 avril 2004

A la tribune, ils se succèdent. L'historien Maurice Rajsfus : «En quel temps, vivons-nous ? La loi Kouchner a permis la libération de Papon, faisant un bras d'honneur à 1690 juifs déportés. Joëlle Aubron, elle, n'a qu'une tumeur cancéreuse au cerveau, la vie de Nathalie Ménigon est en danger...» Mais les prisonnières d'Action directe restent en prison. «En quel temps vivons-nous, continue Rajsfus, des policiers rôdent autour de la maison de Papon, mais c'est pour le protéger et on menotte Aubron à son lit d'hôpital...»

Le collectif «Ne laissons pas faire» a poursuivi, ce week-end, à la Bourse du travail à Paris, sa campagne pour la libération des cinq détenus d'AD condamnés à la perpétuité pour deux assassinats. Quatre d'entre eux, en prison depuis dix-sept ans, sont gravement malades. Le cinquième, Régis Schleicher, incarcéré depuis vingt ans, a tenté de s'évader, il y a un an, de la prison de Moulins. «Nous avons dû, depuis des années, raconte Alain Pojolat du collectif, nous battre sur tout. Pour qu'ils sortent de l'isolement, pour qu'ils aient des parloirs, pour qu'ils soient soignés. Et maintenant, pour qu'ils sortent !» On donne des nouvelles des malades. De son lit d'hôpital, Aubron, ironique, écrit au nom du «Front de libération des organes mal en point» : un cancer du sein, non détecté, lui a causé une tumeur au cerveau. Me Jean-Louis Chalanset a rencontré Ménigon, la semaine dernière, à la prison de Bapaume : «Son état se dégrade. Ses mains tremblent beaucoup, son oeil se ferme convulsivement, elle est saisie de paralysie partielle. Elle prend beaucoup de médicaments sans savoir de quoi il s'agit.»

Catherine Vieu-Charier, élue du PCF, qui visite Rouillan à la prison de Moulins : «En décembre, on lui a diagnostiqué un cancer au poumon, il a été transféré, trois mois après, à l'hôpital de Lyon. Là, les médecins ont découvert qu'il n'y avait pas de cancer. De retour à Moulins, les médecins de la prison ont eu un avis contraire. Il ne sait plus quoi penser.» Et voilà les militants d'Act Up qui dénoncent «l'accès aux soins déplorable en prison, avec des gens qui ne sont pas dépistés à temps, qui n'ont pas de traitement adéquat, qui n'ont pas accès à leur dossier médical».

Le débat se veut aussi politique. La représentante de LO souligne : «Nous n'avons jamais approuvé les méthodes d'AD, cela ne nous empêche pas de trouver révoltant le refus de libérer Ménigon !» Henri Malberg, président de la commission justice du PCF : «Ce fut une tragédie. Pour les victimes d'abord. Et pour ceux qui, insensés, sont passés à l'action et qui croupissent en prison.» Il parle, ensuite, «de la capacité d'une société de mettre un terme à des périodes de son histoire. Cela a toujours été le cas. Avec une grande rapidité pour l'OAS, plus anciennement pour la collaboration et ses crimes. Est-ce que la France, dans le respect de la douleur des familles des victimes, peut mettre en oeuvre les droits de l'histoire, le droit à l'oubli?» Et la philosophe Geneviève Clancy : «S'engager pour la liberté de ces militants, c'est s'engager pour soi-même, s'engager soi-même.»