résolution adoptée par le 82ème congrès de la LDH, le 9 juin 2003
Depuis plus de 50 ans, la Palestine, qui fut sous mandat britannique, est une terre de sang et de larmes : les décisions, en 1948, de la communauté internationale nont pas permis aux Palestiniens et aux Israéliens de vivre en paix. Un immense espoir sétait levé après la signature des accords dOslo. Cet espoir a disparu. Les morts sajoutent aux morts et tous constituent des pertes insupportables.
La LDH rappelle que la revendication nationale de ces deux peuples conduit à la création de deux États : Israël et Palestine, qui ont tout autant le droit de vivre en paix. À ce titre, la création dun État palestinien viable à Gaza et en Cisjordanie est un droit incontestable et labandon de toutes les colonies en est le corollaire indispensable. Si les décisions de lONU prévoyaient, en 1948, un statut international pour Jérusalem et les lieux saints, il nest sans doute pas dautre solution possible aujourdhui que la partition de Jérusalem et la garantie daccès pour tous à tous les lieux saints. Le sort des réfugiés palestiniens ne peut être réglé sans que leur soit reconnu le principe du droit au retour et à indemnisation dont les modalités doivent être négociées entre les parties.
La révolte du peuple palestinien nest que la conséquence dinjustices permanentes et répétées, de dénis du droit, aggravés par un recours quotidien à la force toujours plus inacceptable. Aujourdhui, cest un peuple tout entier qui ne peut ni travailler, ni se déplacer, ni se soigner ou séduquer ; qui, tout simplement, ne peut pas vivre.
Il appartient à la LDH de rappeler que ceux qui se livrent à ces crimes de guerre ou qui donnent l'ordre de les commettre devront rendre compte de leurs actes.
La société israélienne elle-même subit les conséquences de ce qui se passe à ses frontières. La liberté de l'information est mise en cause, les opposants marginalisés et les discriminations contre les Arabes israéliens s'amplifient, notamment lorsque l'on tente d'interdire par divers moyens aux représentants de cette minorité d'exercer leurs droits : c'est le caractère démocratique de la société israélienne qui est, en définitive, atteint.
Rien, par ailleurs, absolument rien, ne peut justifier la violence aveugle à laquelle se livrent certaines organisations palestiniennes. Les Palestiniens ont le droit de résister à l'occupation y compris par les armes. Mais, toute lutte, aussi légitime soit-elle, est comptable des moyens quelle utilise. Dirigés exclusivement contre des civils, les attentats suicides hypothèquent jusqu'au caractère démocratique du futur État palestinien et contribuent à empêcher toute évolution de la société israélienne, laquelle a le droit de vivre en sécurité.
Parce que chaque vie a la même valeur, la LDH refuse de se livrer à un exercice darithmétique entre des drames réciproques, ce qui ne peut conduire quà absoudre linsoutenable doù quil vienne. Elle nentend pas, cependant, mettre à égalité celui qui occupe et celui qui est occupé. La LDH réaffirme la légitimité du droit du peuple palestinien à vivre libre.
En France, le conflit israélo-palestinien déchaîne les passions, à la mesure de lhistoire dun pays qui na que très récemment accepté les responsabilités de ses autorités dans la complicité apportée au génocide des juifs, et qui, par ailleurs, continue largement à ignorer ses responsabilités coloniales et les conséquences qu'elles impliquent, notamment à légard des populations dorigine étrangère installées en France.
La LDH relève, de plus, les effets désastreux des emportements verbaux et écrits qui fleurissent ici ou là, de comparaisons historiques confuses et inexactes, en diabolisation des uns et des autres : assimilation du sionisme au racisme ou assimilation des Palestiniens au « terrorisme international », cest dabord limpossibilité de dialoguer qui se manifeste, puis cest la violence qui sexprime.
Commises au nom de la défense de lÉtat dIsraël, les agressions qui ont frappé diverses associations, dont à plusieurs reprises le MRAP, ou des personnes, y compris des membres des forces de lordre, sont insupportables. Il n'est pas admissible que les pouvoirs publics aient pris, apparemment, la décision de ne pas en assurer la répression.
Des actes et des violences antisémites ont lieu. Il importe de dire, avec force, quils sont intolérables et quils doivent être sanctionnés. Aucune raison et certes pas la défense des droits du peuple palestinien ne peut justifier de tels actes. La LDH a exercé son droit à se constituer partie civile contre les auteurs de ces violences et elle continuera à le faire, comme elle le fait pour toute manifestation de racisme.
La LDH nentend pas pour autant accepter lassimilation de la critique de la politique dIsraël à des actes antisémites. Elle sinsurge contre tous ceux qui, prétendant représenter la communauté juive, tentent de confondre la lutte contre lantisémitisme et le soutien au gouvernement dIsraël. En agissant ainsi, ces organisations conduisent à un enfermement communautaire et prennent la lourde responsabilité de transformer un conflit politique en un conflit ethnique et religieux.
À linverse, la LDH souhaite que toutes les organisations qui saccordent sur la nécessité de lutter contre toutes les formes de racisme et pour la création de deux États au Proche-Orient, s'unissent pour combattre ceux qui tentent dattiser la haine sur le territoire de la France.
Enfin, la LDH relève combien la communauté internationale fait preuve, en ce domaine, dune politique partiale et peu respectueuse de sa propre légalité internationale. Les États-Unis continuent de défendre presque inconditionnellement leur allié, lÉtat dIsraël, et lEurope manifeste son impuissance politique, tentant de se dédouaner par des contributions financières.
Le Parlement européen a décidé de demander, avec raison, la suspension de laccord dassociation avec Israël. La LDH soutient cette initiative qui a le mérite de sanctionner économiquement les comportements contraires aux droits de lHomme du gouvernement israélien, sans amener à boycotter ce pays. Elle considère quun boycott ne conduirait quà enfermer un peu plus la société israélienne dans le repli sur soi et à y affaiblir les forces de paix dont nous sommes solidaires. Elle salue les Israéliens qui militent avec courage et détermination à travers différentes associations pour une paix dans la justice. Cest par un dialogue incessant et sans concessions, que lon peut espérer un changement dattitude, indispensable à la reconnaissance des droits du peuple palestinien.
Il reste à la communauté internationale à cesser sa politique de « deux poids deux mesures », notamment dans l'application des résolutions du conseil de sécurité des Nations Unies, et à mettre en uvre les moyens nécessaires pour que, dores et déjà, soit mis un terme aux crimes de guerre provoqués par le blocus ou loccupation par larmée israélienne de nombreux territoires palestiniens. C'est à la communauté internationale qu'il appartient d'interrompre lappropriation des terres par Israël qui ne cesse de sétendre, et dimposer la présence dune force de protection.
En rappelant ces principes, la LDH ne fait pas le choix dun camp contre un autre. Elle choisit le camp du droit.