LDH Toulon  |   Page précédente

Non à l'homophobie !

Sébastien, 35 ans, brûlé vif parce que homosexuel
Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture : « L'homophobie doit être un délit »
le Républicain lorrain choque les gays

 

Le 16 janvier 2004, à Nœux-les-Mines (Pas de Calais), Sébastien a été brûlé vif par une bande d'individus du fait de son homosexualité ! Après 15 jours de coma, brûlé au troisième degré, il se bat pour rester en vie. Au delà de cet acte abominable, ce sont des dizaines, voire des centaines d'actes violents qui sont commis chaque année en France du fait de l'orientation sexuelle des victimes.

Il faut dénoncer cette haine de l'autre !

L’injure, la diffamation, l’incitation à la haine en raison du sexe, de l’identité ou de l’orientation sexuelle vraie ou supposée, doivent être sanctionnées.

La répression ne saurait être la seule solution à la haine et à l’intolérance. La non acceptation des différences repose sur des préjugés contre lesquels il est nécessaire d'agir en développant des actions de prévention - notamment auprès des jeunes et des agents publics.

 


 

Sébastien, 35 ans, brûlé vif parce que homosexuel

[Le Monde, daté du 4 Février 2004]

Le jeune homme avait été agressé à plusieurs reprises par une bande d'une dizaine de jeunes

« Il a ouvert les yeux. Je l'ai câliné, je lui ai parlé. Il a pleuré. Il est visiblement conscient. Et il a peur. » Au bord des larmes, exténuée, Jacqueline revient, samedi 31 janvier, de l'hôpital de Charleroi (Belgique), où son fils, Sébastien, gravement brûlé, est brièvement sorti, pour la première fois, du coma artificiel où il est plongé depuis deux semaines. Parce qu'il est homosexuel, des individus l'auraient aspergé d'essence et transformé en torche vivante dans le jardin de sa maison. Le parquet de Béthune (Pas-de-Calais) a ouvert une information judiciaire contre X... pour « tentative d'homicide volontaire » qui, selon l'avocat de Sébastien, Me Jean-Bernard Geoffroy, pourrait bien être requalifiée en « tentative d'assassinat ». Selon lui, la préméditation ne fait aucun doute et il s'agit indiscutablement d'une agression à caractère homophobe.

Elle apparaît, en tout cas, comme l'épilogue d'un long calvaire que raconte son ami, Patrice. Issus tous deux de famille modeste, Patrice Jondreville, 38 ans, et Sébastien Nouchet, 35 ans, vivent ensemble depuis quatorze ans. Patrice est ouvrier dans une société de logistique du groupe Carrefour, Sébastien reste à la maison pour s'occuper des animaux : cinq petits chiens, des chats et des oiseaux. Un couple homosexuel heureux né d'un coup de foudre et qui aspirait à mener, au grand jour, une existence paisible.

Ils y sont parvenus sans difficulté durant leurs dix premières années de vie commune, à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône). Puis Patrice a été muté, ce qui les a obligés à émigrer, début 2001, dans le bassin minier. Ils se sont d'abord installés à Lens, dans une petite maison de la « cité numéro 4 », un ancien coron des Houillères. Parfaitement acceptés par leurs voisins, ils appréciaient leur région d'adoption.

Le premier dérapage est survenu le 31 octobre 2001. Alors qu'il promenait ses chiens dans un parc, Sébastien a été agressé par deux jeunes gens qui l'ont roué de coups, lui cassant une côte, pour lui arracher les clés de sa voiture avec laquelle ils se sont enfuis. Le couple a porté plainte, identifié les agresseurs qui ont été condamnés à des peines de prison assorties partiellement de sursis. Ces derniers ne leur ont plus laissé de répit. Sébastien a subi plusieurs agressions - dont un coup de tournevis dans le dos et un coup de cutter au visage.

Le couple a été régulièrement harcelé par une bande d'individus - « parfois jusqu'à une dizaine, dont des filles », selon Patrice - qui proféraient à leur encontre des insultes homophobes, s'installaient sur le perron de leur maison, sont allés jusqu'à en incendier la porte et les fenêtres. Les deux hommes ont déposé plainte sur plainte et les trois agresseurs les plus virulents, deux majeurs et un mineur, ont été déférés devant le tribunal correctionnel, et condamnés, à plusieurs reprises.

Harcèlement

Le harcèlement n'a pas cessé pour autant. Un déménagement en catimini « dans une maison plus agréable, avec un grand jardin », à Noeux-les-Mines, à une quinzaine de kilomètres de Lens, leur a laissé six mois de répit. Jusqu'à un soir d'août 2003 où, en l'absence de Patrice, des individus encagoulés ont pénétré chez eux et laissé Sébastien sans connaissance après avoir tenté de l'étrangler.

La dernière agression, survenue vendredi 16 janvier, vers 19 h 30, alors que Patrice était encore au travail, n'a pas eu de témoin direct. Les voisins ne sont intervenus qu'en entendant les cris de Sébastien, brûlé au troisième degré sur le tiers supérieur du corps. Quels qu'en soient les auteurs, sa mère et son ami sont décidés à « aller jusqu'au bout », pour dénoncer le plus largement possible ces agressions. Pour Sébastien, mais aussi, souligne Patrice, « parce que, parfois, les homosexuels qui en sont victimes n'osent même pas porter plainte ».

Jean-Paul Dufour


Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture : « L'homophobie doit être un délit »

par Pascale NIVELLE, Libération, samedi 14 février 2004

Vous avez écrit au Premier ministre après le drame.

La seule raison de la persécution systématique et de la sauvagerie subies par Sébastien Nouchet est son homosexualité. J'éprouve un sentiment de révolte. En tant que ministre d'abord, car ce genre de comportement d'une extrême violence est indigne d'une société évoluée comme la nôtre prétend l'être. Et je suis choqué en tant que citoyen. Je suis homosexuel, je n'en ai jamais fait ni un étendard ni un mystère. Ce fut pour moi une grande conquête de pouvoir vivre le plus simplement du monde ma sexualité, sans m'exposer à l'ostracisme de mes semblables. Il faut que nous restions très vigilants et que nous soyons mobilisés pour combattre ce qui peut menacer cette liberté. J'ai écrit à Jean-Pierre Raffarin pour témoigner de ma profonde émotion.

Que lui demandez-vous ?

Il est important que l'homophobie soit désormais désignée comme un comportement délictueux. Il faut que le droit dote notre pays de moyens de réprimer de façon nette les agressions verbales ou plus directes. J'ai pris note que le garde des Sceaux a reçu la mère et l'ami de Sébastien Nouchet. Je serai très attentif à ce que cette sollicitude s'exprime au plus vite par une initiative législative. Il y a lieu de montrer par une loi que nous sommes attachés au respect des gens à conduire leur vie sexuelle de façon sereine. Il faut sortir de ces comportements d'un autre temps, l'homophobie est un délit qui insulte la dignité des gens.

En faites-vous un engagement personnel ?

J'ai connu une époque, heureusement révolue, où l'aveu d'homosexualité était quelque chose de dramatique et blessant dans la vie d'un individu. Le seul avantage de ce triste événement est de nous inciter à ne plus tergiverser et ne pas en faire une affaire politicienne qui oppose droite et gauche. Il est temps de désigner le mot «homophobie» comme un délit et d'affirmer que nous sommes respectueux des choix sexuels de tous les individus. J'ai ma part à prendre dans ce combat.


Le Républicain lorrain choque les gays

Un collectif d'associations gays et lesbiennes s'indigne d'un éditorial critiquant la volonté du garde des Sceaux de pénaliser les propos homophobes.

Un collectif d'associations gays et lesbiennes réuni ce week-end [dimanche 15 février 2004] à Metz a fait part de son indignation après la publication, samedi, par le quotidien messin Le Républicain lorrain, d'un éditorial critiquant la volonté du garde des Sceaux de pénaliser les propos homophobes. "Monsieur Pierre Fréhel [auteur de l'édito, ndlr] se plaint que la libre expression de 'l'homophobie ordinaire' soit menacée. Souhaite-t-il aussi la suppression des législations contre le racisme et l'antisémitisme ?", demande dans un communiqué l'Alliance des centres lesbiens, gais, bi et transsexuels de France (Inter Centres LGBT), qui tient ce week-end à Metz son colloque biannuel.

"Traque du délit d'opinion"

Dans son éditorial titré "Intolérance", consacré à la volonté du garde des Sceaux Dominique Perben de mettre en place un dispositif permettant de réprimer les propos homophobes, M. Fréhel avait estimé que "L'homophobie est certes une vilaine manière, mais elle ne relève que de l'intolérance ordinaire". "Chacun a son opinion sur la question. La République est diverse", poursuivait M. Fréhel, en s'inquiétant de la "condamnation aveugle du franc-parler" et de la "traque du délit d'opinion".
Contacté, le secrétaire général de la rédaction du Républicain lorrain, Jean-Marc Lauer, a indiqué "ne pas souhaiter faire de commentaire". "L'éditorial est par définition une prise de position. Qu'il suscite des réactions est normal", a-t-il simplement déclaré.

L'éditorial du Républicain lorrain

"Peut-on encore parler? A-t-on le droit d'exprimer une opinion personnelle, une objection, un avis contraire ou tout simplement une idée originale? Doit-on cheminer sur les seuls sentiers battus? Répéter les discours de la télé, s'en tenir aux prescriptions des voix autorisées, se ranger derrière l'avis général, lui-même placé sous le contrôle des leaders d'opinion? Triste époque que celle qui honore le "politiquement correct", qui nous invite à la boucler mais qui serait mieux inspirée de se préoccuper du "socialement correct", parce que de ce côté-là il y a du travail... À moins que justement certaines postures morales ne soient adoptées pour mieux camoufler la véritable misère, celle du chômage, des plans sociaux, du surendettement, de l'exclusion et des contrats de travail à durée très limitée. L'homophobie est, certes, une vilaine manière, mais elle ne relève que de l'intolérance ordinaire. Les "bouffeurs de curé" d'antan n'ont jamais été traduits en justice. Pas plus que amateurs d'histoires belges! Chacun a son opinion sur la question. La République est diverse.

Le danger qui nous menace aujourd'hui, c'est plutôt l'intolérance à l'égard de la tolérance. C'est la condamnation aveugle du franc-parler. C'est la traque du délit d'opinion. Quelques écrivains ont fait récemment l'objet d'un lynchage médiatique pour des propos "incorrects" qui naguère auraient seulement alimenté le débat littéraire. L'un d'entre eux, soupçonné d'islamophobie, se demandait si Céline et Morand seraient publiés de nos jours. Bonne question. L'Inquisition envoyait les hérétiques et autres libertins au bûcher. Nos démocraties libérales semblent prêtes à adresser les résistants aux tribunaux. Une loi contre l'homophobie? Le gouvernement est décidément en train de transformer les lois en outils de communication. La victoire aux élections régionales est-elle à ce prix? Ou alors certains envisagent-ils réellement de borner nos parcours, de mesurer nos paroles pour mieux peut-être nous habituer au silence - définitivement? Au nom de la sécurité, on a déjà amputé la liberté des Français de quelques pans. Mais leur compréhension aussi a des limites."