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Rapport de la CNCDH : en 2003, le nombre des agressions racistes et antisémites a diminué mais demeure élevé

 

Les précédents rapports : 2002 - 2001

Le rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l'homme montre que les actes antijuifs représentent les deux tiers des faits recensés. L'image de l'islam se dégrade.

par Sylvia Zappi

daté du 2 avril 2004

L'ensemble des faits racistes et antisémites a baissé de 38 % en 2003 par rapport à l'année précédente. Mais leur nombre demeure encore à un niveau supérieur à ceux des années 1990. Et les manifestations antisémites restent très majoritaires par rapport aux autres formes de racisme. Le constat dressé par le rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) n'est guère optimiste sur l'état de la société française.

Comme chaque année, la CNCDH, instance consultative placée auprès du premier ministre et composée de représentants des associations et de l'administration, a remis à Jean-Pierre Raffarin, jeudi 1er avril, une étude (publiée par la Documentation française, 650 pages, 23 euros) qui donne une photographie de la xénophobie en France. Avec 817 faits recensés en 2003 - contre 1313 en 2002 -, les violences et menaces racistes reculent. Ce repli est autant marqué pour les agressions (229 en 2003 contre 381) que les menaces et actes d'intimidation (600 contre 999). La gravité des faits est cependant "toujours élevée" avec 32 blessés, note le rapport.

Le lien entre ces violences et les événements internationaux, apparu depuis l'année 2000 et le début de la deuxième Intifada dans les territoires occupés par Israël, se confirme en 2003 : ainsi, c'est au printemps, avec le déclenchement de la guerre en Irak, que les faits racistes et antisémites ont connu un pic (78 actes recensés pour les seuls mois de mars à mai). Cette corrélation, déjà relevée les deux années précédentes, est particulièrement nette dans l'examen des actes antisémites et, dans une moindre mesure, dans les faits frappant la population d'origine maghrébine.

L'antisémitisme reste majoritaire par rapport aux autres formes de racisme. Cette tendance, initiée en 2000 avec la flambée de violences antijuives lors du déclenchement de la deuxième Intifada, persiste en 2003 avec 72 % des violences et menaces recensées. "L'antisémitisme continue à être très présent dans la société française", constate la CNCDH. Les chiffres, émanant à la fois des services du ministère de l'intérieur et du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), montrent le maintien d'une violence à un "seuil important". 588 faits sont cités, dont 125 actions violentes (70 agressions sur des personnes, 49 dégradations de lieux de la communauté juive et 6 incendies criminels) et 463 menaces (insultes, graffitis ou tracts).

Signe inquiétant, 32 agressions ont pris pour cibles des mineurs et le nombre de victimes - 21 en 2003 - n'a jamais été aussi élevé. "Ces statistiques montrent bien que la violence contre la communauté juive s'enracine et s'aggrave", s'alarme le rapport. Selon les services de police, les auteurs se recrutent, principalement, parmi des "jeunes délinquants des quartiers dits sensibles", qui agissent tant par provocation xénophobe que par rejet de l'ensemble des institutions, les membres de la communauté juive s'ajoutant aux cibles traditionnelles (policiers, pompiers, médecins...).

Les autres formes de racisme connaissent également une certaine stagnation, avec 92 actions en 2003 contre 119 en 2002. Mais l'hostilité anti-maghrébins atteint un niveau particulièrement élevé : 81 % des violences constatées ont visé la population d'origine maghrébine, soit "le plus fort pourcentage depuis 1993", note la CNCDH. La commission relève également un "inquiétant pourcentage" de faits à connotation hostile à l'islam avec 36 attaques ou menaces contre des lieux musulmans (mosquée, lieux de prière ou carré de cimetière). Le rapport démontre une "confusion croissante" entre le racisme anti-arabe et l'hostilité aux musulmans, soulignant les "amalgames" récurrents avec la délinquance dans les quartiers sensibles, le fondamentalisme ou le terrorisme.

"VULNÉRABILITÉ" DE L'ÉCOLE

Fait notable en 2003, la CNCDH s'inquiète de la "vulnérabilité" du milieu scolaire au climat antisémite et raciste : ces phénomènes semblent s'installer, remarque le rapport, en insistant sur la forte augmentation et l'"inquiétante banalisation" des injures racistes qui sont passées de 4 en 1998 à 94 en 2003.

En miroir, la perception de la xénophobie par l'opinion publique demeure assez stable. Le sondage, réalisé par l'institut BVA pour la CNCDH (sur un échantillon de 1052 personnes interrogées en face à face du 24 novembre au 5 décembre 2003), montre une "attitude générale qui n'a pas spécialement évolué en un an", remarque l'étude. Ainsi une majorité relative (41 %) estime que le nombre d'immigrés "est trop important", ce chiffre étant cependant en baisse de dix points par rapport au sondage précédent. Pour 46 % des personnes interrogées, cette présence immigrée serait source de tensions. Les Français sont aussi 39 % à juger trop nombreux les musulmans. L'image de l'islam semble particulièrement dégradée avec 23 % des sondés qui estiment que les musulmans ne sont pas des "Français comme les autres".

Sylvia Zappi


Le racisme perdure et se transforme

par Catherine Coroller

, le 2 avril 2004

 

En 2003, les injures et les violences racistes ont fortement augmenté en milieu scolaire. C'est sans doute l'élément le plus inquiétant du rapport 2003 de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) remis hier au Premier ministre. Trente-deux mineurs ont été agressés parce qu'ils étaient juifs, presque la moitié des agressions antisémites ­ 70 au total ­ recensées l'année dernière.

Plaintes. Pour l'ensemble de la société, le constat est le même : le racisme demeure une réalité en France. Et il prend plusieurs formes, des injures aux coups et blessures. Premiers visés : les juifs. En 2003, 588 actes antisémites ont été relevés, un chiffre en diminution par rapport à 2002 (932), mais qui reste deux à trois fois plus élevé que dans les années 90. «Les statistiques, particulièrement depuis 2000, montrent bien que la violence contre la communauté juive s'enracine et s'aggrave», observe la CNCDH. Egalement visés, les Maghrébins, victimes de 29 actes de violences recensés par la commission, chiffre évidemment sous-estimé. En effet, si le décompte des actes antisémites est sans doute assez proche de la réalité, le Conseil représentatif des institutions juives (Crif) opérant son propre recensement dont le résultat corrobore les chiffres de la police, celui des actes antimaghrébins est a priori sous-évalué. Il n'existe pas, en effet, de Crif arabe, et ces victimes-là hésitent souvent à entrer dans un commissariat pour déposer plainte. La commission a toutefois repéré un élément nouveau : «une confusion croissante entre l'hostilité à l'immigration maghrébine, prédominante dans les années 90, et une hostilité à l'islam, aux musulmans, avec des amalgames avec la délinquance dans les quartiers dits sensibles, avec le fondamentalisme ou le terrorisme». Faut-il considérer, pour autant, qu'un nouveau type de racisme, l'islamophobie, est en train d'émerger en France ? Certaines associations comme le Mrap en ont fait leur cheval de bataille. D'autres, comme la LDH (Ligue des droits de l'homme) récusent le terme d'islamophobie. La commission ne tranche pas, et consacre une bonne partie de son rapport au sujet. Reconnaissant d'un côté que des «phénomènes d'hostilité à l'égard de l'islam se manifestent dans la société française», mais que «certains courants intégristes tentent d'obtenir la requalification du racisme antimaghrébin en "islamophobie" pour mieux tirer bénéfice des frustrations, jouer sur les replis identitaires religieux de la population maghrébine et faire du religieux le critère absolu de différenciation, de partage».

Le rapport ne distingue pas les Noirs et les Asiatiques, se contentant de signaler le chiffre global de 817 actes racistes en 2003.

Mouvance. Sur les auteurs de ces actes, les tendances observées par la CNCDH les précédentes années se confirment. Pour les actes antisémites, il s'agit le plus souvent «de jeunes délinquants de quartiers sensibles» : «Les fluctuations de [l']antisémitisme suivent clairement les vicissitudes de l'actualité internationale, qu'il s'agisse des confrontations israélo-palestiniennes, de la guerre en Irak ou du terrorisme». La part de l'antisémitisme attribuée à l'extrême droite continue en revanche de se réduire. Mais, depuis quelques années, observe la commission, «la nébuleuse française des négationnistes tente d'utiliser la tribune du monde scolaire et universitaire pour faire oeuvre de prosélytisme». Cette même mouvance est à l'origine de la plupart des actes antimaghrébins. Mais elle aurait élargi sa cible des Maghrébins et des Beurs aux «communautés arabo-musulmanes» en général.

Comme chaque année, la commission a inclus dans son rapport les résultats d'un sondage (lire encadré). Et les personnes interrogées, conscientes du niveau élevé du racisme en France, ne se trompent pas de cible. Contrairement à ce que semblent indiquer les chiffres recensés, elles estiment que les Arabes, Maghrébins, musulmans, en sont les principales victimes, devant les juifs.

Catherine Coroller