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Maurice Audin, a disparu à Alger,
après avoir été arrêté par les parachutistes du général Massu le 11 juin 1957

 

une campagne pour demander la vérité [mai 2004]
une autre page sur Maurice Audin [juillet 2001]

 

Il était âgé de vingt cinq ans et père de trois enfants. Nul ne l'a revu. L'enquête du Comité Audin menée par Pierre Vidal-Naquet a établi que Maurice Audin est mort sous la torture. Malgré plusieurs actions judiciaires, l'État français ne l'a toujours pas reconnu.

La place Maurice Audin inaugurée à Paris le 26 mai 2004
Hommage au militant de l’anticolonialisme assassiné en Algérie

[ mercredi 26 mai 2004, par Saïd Aït-Hatrit - source : www.afrik.com ]

Une place Maurice Audin, du nom de ce militant de l’anticolonialisme assassiné en pleine guerre d’Algérie par les parachutistes français, a été officiellement inaugurée, ce mercredi, dans la capitale française. Une action par laquelle le conseil de Paris devance la justice, qui considère toujours que le jeune mathématicien n’a pas été assassiné.

Il faut dire que la justice, malgré les éléments troublants qui ont accompagné sa disparition et malgré les nouveaux éléments apparus depuis 1967, considère toujours que Maurice Audin a disparu après s’être évadé. Mais l’historien Pierre Vidal-Naquet, présent lors de l’inauguration, a tenu à clarifier les choses. Dès 1958, il avait déjà tenté de rétablir la vérité à travers un livre intitulé « L’Affaire Audin ». Mercredi, il a réaffirmé que « Maurice Audin a été assassiné le 21 juin, entre les mains des officiers paras qui l’ont arrêté le 11 ». En qualité d’historien, il a rappelé que cet événement s’était produit « en pleine bataille d’Alger », dans une situation de violence extrême. Mais, a-t-il précisé, « c’est justement en période de crise que se mesure le respect des Droits de l’Homme proclamés en 1889 ». Quarante-sept ans après les faits, les historiens ont fait leur travail. Mais la justice n’a toujours pas fait le sien. Car « la République », regrette Pierre Vidal Naquet, « n’a pas reconnu l’assassinat de Maurice Audin ».

Lorsqu’ils viennent chercher Maurice Audin à son domicile, le 11 juin 1957, les officiers français assurent à sa femme qu’elle le reverra bientôt. Pendant quatre jours, elle est séquestrée avec ses trois enfants dans son appartement, transformé en souricière. C’est ainsi qu’Henri Alleg, le directeur du quotidien interdit Alger Républicain, sera arrêté le 12 juin alors qu’il rendait visite à son ami. Les seules informations dont Josette Audin dispose alors sur son mari, rassurantes, lui proviennent de ses gardiens. Libre de ses mouvements le 15 juin au soir, elle ne parvient pas à obtenir des informations dignes de foi de la part des autorités. Le 25 juin, elle prend lecture d’un « rapport sur l’évasion du détenu Audin ». Elle n’y accorde aucun crédit, malgré les nombreuses confirmations des autorités militaires.

La plainte en homicide contre X qu’elle dépose auprès du doyen des juges d’instruction d’Alger n’obtiendra aucune suite. De même que celle qu’elle a déposée le 9 mai 2001, en France, six jours après la parution du livre du général tortionnaire Aussaresses. Quant au principal suspect, le lieutenant Charbonnier, il « a continué sa carrière dans l’armée. Il est même mort avec la légion d’Honneur... Je dis bien d’Honneur », s’indigne Pierre Vidal Naquet. Mais si « l’affaire s’est terminée sur un non-lieu, grâce à vous », ajoute l’historien en s’adressant à la foule, « l’affaire Audin n’est pas morte ».

Un moment de force

« C’est un moment d’émotion et un moment de force », a déclaré le maire de Paris à l’entame de son discours. L’émotion, palpable et évidente, et la force, indispensable pour mener à bien cette célébration, décidée le 20 octobre 2003 à l’initiative du Parti communiste français (PCF), était encore inimaginable il y a quelques années. Une force qui est également celle de la vérité et de l’histoire sur l’appareil judiciaire, inopérant. Bertrand Delanoë renchérit lorsqu’il estime que cette inauguration « n’est pas une inauguration banale. Quarante-sept ans après, explique-t-il, il y a des hommes et des femmes qui ne se résignent pas à l’oubli et au trucage de l’histoire ».

Le maire de Paris l’a bien compris, lui qui le 17 octobre 2001 a inauguré une plaque commémorative au pont Saint-Michel, à Paris, « à la mémoire de nombreux Algériens tués lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 ». Une affaire occultée pendant près de trente ans. Là encore, le Préfet de police en poste à l’époque, Maurice Papon, a échappé à toute poursuite justicaire. Le 20 avril dernier, c’est également le maire socialiste de la capitale qui a inauguré une « place du 19 mars 1962 », date du cessez-le-feu officiel de la guerre d’Algérie. Une initiative qui avait été vue par certains comme une provocation. Quelques mois plus tôt, le Président de la République, Jacques Chirac, avait institué la date du 5 décembre comme « Journée nationale d’hommage aux morts pour la France des combats d’Afrique du nord ».


Le 9 juillet 2001, le Conseil de Paris a voté le voeu suivant

"Les élus communistes de Paris:

Pierre MANSAT, Adjoint au Maire de Paris
Catherine GEGOUT, Conseillère de Paris
Catherine VIEU CHARIER, Adjointe au Maire du 20e arrondissement
Jacques BAUDRIER, Délégué auprès du Maire du 20e arrondissement

ont déposé un voeu au Conseil de Paris pour la séance des 9 et 10 juillet 2001

avec le soutien de : Simone de BOLLARDIERE, Gisèle HALIMI, Madeleine REBERIOUX, Nicole DREYFUS, Pierre VIDAL-NAQUET, Charles SILVESTRE, Laurent SCHWARTZ, Henri ALLEG, Alban LIECHTI, Noël FAVRELIERE, Jean Jacques de FELICE, Jean VENDART.

VOEU :
" Les révélations du général Aussaresses sur les tortures pratiquées par l'armée française durant la guerre d'Algérie ont remis au jour un pan de l'histoire de notre pays qui est loin d'être reconnu dans toutes ses dimensions.
Maurice Audin, jeune intellectuel, a très probablement été assassiné par les services d'Aussaresses.
Les révélations du général font état des tortures pratiquées par ses hommes, dans la «villa des Tourelles» située dans la banlieue d'Alger. Il relève que: «la rue des Tourelles dans le 20e arrondissement est, par une coïncidence surprenante, l'endroit qui abrite la caserne des Tourelles, où était installé à l'époque le SDECE».
Donner le nom de Maurice Audin à la partie de la rue des Tourelles qui longe la caserne (entre l'avenue Gambetta et le boulevard Mortier) serait un signe politique fort pour perpétuer le souvenir des victimes de la torture légale. Et ainsi le nom de Maurice Audin rayonnerait à Paris comme il rayonne à Alger.
Les élu(e)s communistes demandent que la rue des Tourelles qui longe la caserne (entre l'avenue Gambetta et le boulevard Mortier) prenne la dénomination de rue Maurice Audin. "

Il semble que ce voeu demandant l'attribution du nom de Maurice Audin à une partie de la rue des Tourelles n'a pas été suivi d'effet : la rue n'a pas changé de nom ; le choix de la partie de la rue des Tourelles qui longe la caserne ayant abrité le SDECE-DGSE a sans doute été considéré comme malséant.

Le 9 octobre 2003, le Conseil de Paris a décidé d'attribuer la dénomination « place Maurice-Audin » à la place située à l'intersection de la rue des Ecoles, de la rue Saint-Victor et de la rue de Poissy, dans le 5e arrondissement de Paris, en face de la salle de la Mutualité. L'inauguration de la place Maurice Audin à Paris aura lieu le mercredi 26 mai 2004 à 12h.

Les crimes commis durant la guerre d'Algérie sont couverts par l'amnistie. Mais la vérité sur ce qu'est devenu Maurice Audin, ainsi que tous les autres disparus, nous est toujours cachée.

 

Sérigraphie d'Ernest Pignon Ernest représentant Maurice Audin.
Elle a été collée sur des murs d'Alger en avril 2003, le visage a été gratté par une main inconnue

 

Une campagne pour demander la vérité

Nous vous proposons de vous joindre à une action collective en signant le texte ci-dessous au moyen :

Monsieur François Fillon
Ministre de l'Éducation nationale
110 rue de Grenelle
75007 Paris

Monsieur le Ministre,

Quarante six ans après, je ne sais toujours pas ce qu'il est advenu du mathématicien Maurice Audin, né le 14 février 1932 à la gendarmerie de Béja en Tunisie, assistant à la Faculté des Sciences d'Alger, auteur sous la direction de René de Possel de six communications à l'Académie des Sciences et d'une thèse qui fut soutenue in absentia le 2 décembre 1957 et obtint la mention très honorable.
Il fut arrêté le 11 juin 1957 par les parachutistes du général Massu. L'explication des militaires est que Maurice Audin s'est évadé lors d'un transport en jeep le 21 juin par les parachutistes. Or, depuis, nul ne l'a revu.
Une enquête menée de 1957 à 1959 par Pierre Vidal-Naquet et le comité Audin a établi que celui-ci a été torturé à mort et que son évasion était une mise en scène. Mais cela n'a jamais été reconnu par l'État français.
Maurice Audin était à l'époque enseignant de l'Université et dépendait donc de votre ministère, aussi je vous serais gré, monsieur le Ministre, d'interroger vos services et les autres membres du gouvernement sur ce qu'il est advenu de Maurice Audin.
Je n'ignore pas qu'une loi d'amnistie a été votée après les « événements d'Algérie ». Pour autant, la France ne saurait couvrir éternellement des crimes sous prétexte d'amnistie. Comme le disait Laurent Schwartz: « L'oubli est profondément malsain, s'il ne s'appuie pas sur la connaissance de la vérité. » Comment la France peut-elle se proclamer Patrie des Droits de l'Homme et continuer à cacher qu'elle a pratiqué la torture et des exécutions sommaires en Algérie?
Si l'État français persistait dans son refus de révéler la vérité sur la disparition de Maurice Audin, de dire où sont ses restes, tout citoyen pourrait lui répondre qu'il y a des Droits de l'Homme au dessus de la Raison d'État, comme Antigone invoquait les lois divines en passant outre à l'ordonnance de Créon.
Désireux de vivre dans une nation civilisée où règne l'État de Droit, où les citoyens ont droit à être informés de ce qui a été fait en leur nom, je vous demande, Monsieur le Ministre, la vérité sur la disparition de Maurice Audin.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de ma haute considération.


 

Une rue Maurice-Audin à Paris !

par Charles Silvestre

L'Humanité, le 11 juillet 2001

Le Conseil de Paris a décidé à l’unanimité de donner le nom de Maurice Audin, le jeune mathématicien communiste torturé à mort, à Alger, en 1957, à la rue des Tourelles, entre l’avenue Gambetta et le boulevard Mortier, dans le 20e arrondissement de la capitale.

Tous les élus de gauche, communistes, socialistes, MDC, verts, ont ratifié ce choix, tandis que les conseillers de droite n’ont pas pris part au vote et ne se sont risqués à aucun commentaire, en particulier lors de l’exposé des motifs.

C’est lundi 9 juillet, en fin d’après-midi, que le voeu déposé au préalable par les élus communistes de Paris a été présenté par Pierre Mansat. Dans son exposé des motifs, l’adjoint au maire qui ne cachait pas son émotion a indiqué : " Les révélations du général Aussaresses sur les tortures pratiquées par l’armée française durant la guerre d’Algérie ont remis au jour un pan de l’histoire de notre pays qui est loin d’être reconnu dans toutes ses dimensions. Maurice Audin, jeune intellectuel, a très probablement été assassiné par les services d’Aussaresses. "

Il a ajouté : " Les révélations du général font état des tortures pratiquées par ses hommes, dans la villa des Tourelles située dans la banlieue d’Alger. Il relève que : " La rue des Tourelles dans le 20 arrondissement est, par une coïncidence surprenante, l’endroit qui abrite la caserne des Tourelles, où était installé à l’époque le SDECE. " Donner le nom de Maurice Audin à la partie de la rue des Tourelles qui longe la caserne (entre l’avenue Gambetta et le boulevard Mortier) serait un signe politique fort pour perpétuer le souvenir des victimes de la torture légale. Et ainsi le nom de Maurice Audin rayonnerait à Paris comme il rayonne à Alger. "

Le choix de la rue des Tourelles, approuvé par les élus, n’est évidemment pas dû au hasard. Se trouve là, en effet, la fameuse caserne des services spéciaux où, très vraisemblablement, sont passés des militants algériens. Et c’est dans cette même caserne que des résistants au fascisme ont été incarcérés et interrogés durant la Seconde Guerre mondiale. Le symbole est donc puissant concernant ce lieu qui s’est illustré dans les actes de répression.

Désormais, une commission aura à charge de préparer l’acte qui consistera à apposer la plaque. Déjà un comité de parrainage est en cours de constitution afin de lui donner tout le sens et l’éclat qu’il mérite. L’initiative du vou avait été appuyée par Henri Alleg, Simone de Bollardière, Nicole Dreyfus, Noël Favrelière, Gisèle Halimi, Alban Liechti, Madeleine Rebérioux, Laurent Schwartz, Germaine Tillion, Jean Vendrart.

La campagne lancée par l’Appel des douze pour que la torture soit reconnue et officiellement condamnée est bien sûr pour beaucoup dans l’initiative parisienne. De surcroît la plainte déposée récemment par Josette Audin et le retentissement qu’elle a connu ont visiblement eu raison des éventuelles réticences.