Les médiateurs du Pacifique - film de Charles Belmont

présentation de Charles Belmont

Avril 1988 : quelque part au bout du monde la violence explose. Prise d'otages, assassinats, milices armées, la guerre menace. Guerre civile, guerre locale, guerre tribale.

Comment empêcher la guerre en Nouvelle Calédonie ? Comment empêcher deux communautés de s'affronter ? Comment concilier Kanak et Caldoches qui ont tant de morts à se reprocher mutuellement ? Comment arrêter l'engrenage ?

Le nouveau Premier Ministre, Michel Rocard, hérite de ce dossier devenu explosif. Il en fait son absolue priorité.

Sept hommes totalement différents seront les Médiateurs du Pacifique. Un prélat catholique, un pasteur protestant, un dignitaire franc-maçon, soit des personnalités issues des trois grandes familles spirituelles qui comptent sur le Caillou. Un préfet rocardien, un préfet barriste, un ancien directeur de la gendarmerie gaulliste, soit trois serviteurs de l'Etat.

Vingt-deux jours pour renouer les fils. Vingt-deux jours pour écouter, pour se faire accepter. Pour parler, faire parler. Pour s'imprégner de la culture des uns et des autres. Comprendre leurs inquiétudes, marier leurs espérances. Pour imaginer un projet de vie démocratique dont chacun deviendrait acteur. Pour passer de la confrontation guerrière à l'acceptation mutuelle.

Le film raconte cette extraordinaire aventure. Parce qu'il s'agit d'une histoire singulière et méconnue. Parce qu'il s'agit d'une histoire exemplaire et reconnue. A l'heure où les menaces de guerre sont tout sauf éteintes, l'exemple des Médiateurs du Pacifique doit être popularisé.

La France faisant oeuvre de paix, quel message plus universel ?

[ ... ] cinéaste, j'ai réalisé peu de films; certains d'entre eux ont compté dans la vie des gens, et aussi dans la mienne. Rak est de ceux-là. C'est curieusement à travers ce film que Les Médiateurs du Pacifique est né.

Il y a un peu plus d’un an, Rak fut projeté et débattu en ma présence par des femmes et des hommes agissant en médiateurs dans leur vie quotidienne. J'ai découvert ce jour-là une fonction rare : celle qui consiste à amorcer dans un conflit une parole de proposition, une parole qui donne la liberté de croire que le conflit peut être assumé par tous, grâce à la médiation.

En 1988, sept hommes étonnamment libres d'agir allaient vivre en Nouvelle Calédonie, alors au bord de la guerre civile, une aventure unique. Ils sont choisis par Michel Rocard, tout juste Premier Ministre, pour une mission très spéciale: celle de dialoguer. Pour ce faire, Michel Rocard accède à leur demande de sortir du champ politique. Dernier point: il offre à cette mission de médiation un « espace- temps » insolite, illimité et sans conditions.

Sur place, ces hommes vont alors agir ensemble, et aussi chacun dans son domaine propre ; ils vont jouer le rôle de témoin, d'exutoire, de reconnaissance des haines, des souffrances, et entraîner leurs interlocuteurs dans le domaine de l'utopie, imaginer avec eux une autre histoire, un autre avenir pour leur pays.

C'est à travers leur récit, d'abord enregistré, puis scénarisé, puis mis en scène, que j'ai filmé leur parcours émotionnel, intact aujourd'hui, comme sont encore chargées de vie les images filmées à l'époque.

Pendant les repérages, en présentant la coutume devant la tribu réunie de Gossanah - la coutume chez les Kanak c’est la clé qui peut vous ouvrir ou vous fermer une porte -, je leur dis ce que j'attendais d'eux, s’ils acceptaient de travailler avec nous.

C’était non pas une reconstitution de ce qu'ils avaient vécu en 1988, mais plutôt une évocation sensible de leur sentiment de rage et d'humiliation d'avoir été considérés à cette époque comme des sous-hommes par d’autres hommes.

Charles Belmont


 Les médiateurs (les informations datent de 1998)


Fiche technique