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Projet de l'exposition : Abd el-Kader, héros des deux rives

 

par Andrée Bensoussan,
responsable de ce projet au sein de la section de Toulon de la LDH

 

lire également, ci-dessous :
un échange de correspondance avec la Mairie



En février 2003, la section de Toulon de la LDH a lancé l'idée d'une exposition sur l'Emir Abd el-Kader à Toulon qui a été aussitôt acceptée dans son principe par Hubert Falco, maire de Toulon. Un an plus tard, Le projet se concrétise, l'exposition se déroulera du 1er décembre 2004 au 15 janvier 2005 à la Médiathèque du Pont du Las

Comment est né le projet ?
Dans le prolongement de " la journée des deux rives " du 17 mai 2003

Cette journée, la LDH Toulon, l'a organisée à partir d'un double constat : les Toulonnais d'aujourd'hui qu'ils soient originaires de ce côté ou de l'autre de la Méditerranée ont tendance à se côtoyer sans se connaître, d'autre part le poids du passé colonial et tout particulièrement la guerre d'Algérie pèsent encore sur les esprits. La LDH a proposé aux Toulonnais de venir parler du présent avec ses réalités quotidiennes mais aussi du passé afin de mieux vivre ensemble : les différentes mémoires de la guerre d'Algérie se sont confrontées en présence d'un historien. Cette journée a été préparée par de nombreuses rencontres dans les différents quartiers de la ville, qui nous ont permis de recueillir des témoignages et nous ont confirmés le bien fondé de cette initiative. Au cours de ces rencontres s'est également exprimée la volonté de jeunes Toulonnais d'origine maghrébine de se reconnaître dans l'histoire de la ville, qu'une partie de leur passé y trouve sa place : c'est ainsi qu'est née l'idée de l'exposition pour répondre à la fois à un besoin de repère, d'enracinement dans une histoire commune, et la nécessité de surmonter le traumatisme collectif de la guerre d'Algérie, en relisant cette histoire coloniale.

Pourquoi à Toulon ?

Pourquoi Abd el-Kader ?

L'Emir est un personnage d'exception lié à toute l'aventure coloniale de la France en Algérie et au Proche-Orient, célébré dés 1840, en France, comme un adversaire héroïque, résistant à la conquête de l'Algérie, puis comme un noble vaincu gardant foi en la parole donnée lors de sa reddition. Libéré en 1852, il est considéré alors par la France comme son meilleur allié au Proche-Orient. Il sera ensuite quelque peu oublié pendant la période triomphale de la colonisation.
Abd el-Kader est depuis 1966 avec le retour de ses cendres de Damas à Alger, consacré héros national algérien, initiateur de son combat pour l'indépendance.
Cette imagerie héroïque ne saurait empêcher de restituer par une approche historique, toute la complexité d'une personnalité exceptionnelle. Chef de guerre de talent il est aussi un fin lettré arabe, un maître spirituel soufi, un mystique mais aussi un esprit moderne, ouvert au progrès technique.

Comment ?

Cette exposition sur la mémoire et l'histoire, tout en étant centrée sur le séjour en détention de l'Emir à Toulon, s'articulera autour de 3 thèmes :

  1. La conquête de l'Algérie et la résistance de l'Emir.
  2. L'Emir Abd el-kader et le récit de sa détention à Toulon.
  3. Les regards croisés des Algériens et des Français sur leur héros

L'ensemble de la vie d'Abd el-Kader sera restitué par une chronologie détaillée, mais aussi par le contenu des animations qui accompagneront l'exposition (conférence, table-ronde entre historiens, lecture, vidéo).

Nous bénéficions du concours de Bruno Etienne professeur à l'institut d'Etudes politiques d'Aix-en-Provence et de Mohamed Boutaleb président de la fondation Abd el-Kader à Alger, ainsi que de l'aide de l'association Histoire et Patrimoine Seynois.

L'exposition aura également une dimension culturelle et pédagogique : elle permettra de mettre en valeur le patrimoine archivistique et iconographique régional et toulonnais souvent méconnu et sera accompagnée d'une animation pédagogique à l'intention des scolaires de l'agglomération.

Objectifs poursuivis

Evoquer la mémoire d'Abd el-kader, s'inscrit en effet pleinement dans les objectifs d'ouverture et de reconnaissance mutuelle de la LDH.

  1. Mieux que quiconque, Abd el-Kader, peut être revendiqué comme un héros par l'une et l'autre rive de la Méditerranée et il est à ce titre un symbole du rapprochement entre les populations issues des deux rives, qui vivent aujourd'hui dans l'agglomération toulonnaise.
  2. L'Emir en paroles et en actes a voulu œuvrer au dialogue entre l'orient et l'occident en prônant un islam ouvert et tolérant. Son exemple apporte un démenti salutaire à ceux qui prétendre réduire l'histoire à un choc fatal des civilisations, inhérent à la nature de l'Islam.
  3. L'histoire de la vie d'Abd el-Kader ne peut se dissocier de celle de tout un peuple, d'une civilisation si mal connue, celle de l'Algérie pré-coloniale. Abd el-Kader ne disait-il pas lui-même " ma carrière me fut tracée par ma naissance, mon éducation et mes prédilections ". L'exposition a aussi l'ambition de mieux faire connaître cette civilisation et de faire reculer bien des préjugés.
  4. Le récit de la conquête et de la résistance d'Abd el-Kader, contribuera à revisiter cette partie de notre histoire d'une façon moins unilatérale.

Voici au moins quatre des raisons qui ont motivé l'initiative prise par la section de Toulon de la Ligue des droits de l'Homme, de proposer à la mairie de Toulon d'organiser une exposition sur Abd el-Kader.

Fait à Toulon, le 11 mai 2004


le 13 février 2003, la section de Toulon de la LDH a écrit à Hubert Falco, Maire de Toulon,

Monsieur le Maire,

Cette année a été déclarée Année de l'Algérie en France par les présidents Jacques Chirac et Abdelaziz Bouteflika, afin de " sceller les retrouvailles des deux pays ".

Comme devait le déclarer Dominique de Villepin, le 6 novembre dernier : " C'est un parti pris courageux, du fait des liens passionnels que l'histoire a tissés entre nos deux pays, unis à la fois par une fascination et une affection réciproques, à la fois par des souvenirs d'épreuves et de douleurs. Je pense aux Algériens, aux rapatriés et aux harkis. A tous ceux qui ont souffert. "

Nous connaissons tous votre souci de restaurer l'image de Toulon tant sur le plan local que national et même international. Notre ville ne doit pas rester à l'écart.

La conquête de l'Algérie en 1830 est partie de Toulon ; et c'est au Fort Lamalgue qu'Abd el Kader a été détenu de la fin décembre 1847 jusqu'au 23 avril 1848. Nul doute qu'il existe à Toulon de nombreux documents concernant cet évènement. Notre ville pourrait apporter sa contribution à l'Année de l'Algérie en organisant une exposition sur le séjour de l'Emir.

Cette exposition pourrait se tenir dans la mairie d'honneur, face à l'Algérie, au pied de Cuverville. Lors de l'inauguration de la statue, le 1er mai 1847, le maire de l'époque, Paul Garnier, avait souligné l'importance de l'allégorie : " éclairer et civiliser le monde, voilà le seul empire que doivent ambitionner les nations. " Nous aimerions ajouter " et réconcilier les peuples d'une rive à l'autre de la Méditerranée ".

Nous serions heureux que Toulon contribue ainsi au dialogue entre Français et Algériens.


Voici la réponse qu'Hubert Falco nous a adressée le 28 février

"J'ai bien pris connaissance de votre courrier par lequel vous sollicitez la participation de Toulon à l'année de l'Algérie en organisant une exposition à la Mairie d'Honneur sur le séjour de l'Emir Abd el Kader qui a été détenu au Fort Lamalgue de la fin décembre 1847 jusqu'au 23 avril 1848.

Etant favorable sur le principe de cette initiative, je demande à Monsieur Claude-Henri BONNET, Adjoint à la Culture, d'étudier la faisabilité de cette manifestation."

Ce dernier nous a confirmé, le 8 septembre 2003,

"Je vous confirme que la Ville a l'intention d'aider à l'organisation d'une exposition sur l'émir Abd el-kader qui devrait se dérouler courant 2004 dans le nouvel espace d'animation de la Médiathèque du Pont du Las."

Pour en savoir plus sur le séjour d'Abd el-Kader au Fort Lamalgue de Toulon